Pourquoi lutter ?

Publié le par Berckman

L'époque est au chacun pour soi et au "tou-te-s contre tou-te-s". La propagande portée par l'idéologie dominante nous pousse au replis individuel, en nous faisant croire qu'il est impossible de changer les choses collectivement,  que les seuls possibilités de changement sont à la marge et à grand renfort de petits arrangements et de clientélisme.On nous présente l'ordre actuel comme un horizon indépassable, quant on ne nous explique pas que la dégradation de nos conditions de vie est inéluctable.

Certain-e-s d'entre nous cèdent au découragement. Dans notre entourage, les collègues, les voisins, nombreux et nombreuses sont celles qui cèdent au découragement, après avoir parfois passé des années à lutter, à se battre pour défendre leurs intérêts, leur liberté, faire reculer l'oppression.

Pour d'autres, l'idée de la lutte collective ne leur est jamais apparu comme une possibilité qu'ils pouvaient mettre en oeuvre, convaincu par le discours dominant, découragés devant les difficultés que pose la lutte ou devant le risque de répression.

Le recul du mouvement ouvrier, et plus largement des luttes populaires, de l'idée de solidarité, les échecs des mouvements sociaux ont puissement contribuer à renforcer cette tendance.

 

Pourtant, il faut affirmer et rèpèter cette évidence : "le chacun pour soi, c'est tout le monde dans la merde".

Tout le monde, à l'exception des classes dominantes.

 

Nous avons besoin de la solidarité collective pour nous en sortir : c'est parce que les être humains se sont regroupé dans l'histoire qu'ils et elles ont réussi à faire face aux difficultés de l'existante. C'est en se regroupant qu'ils ont pu faire face aux classes dominantes et faire reculer l'exploitation, faire progresser leur existence...

 

Défendre nos intérêts

 

Comme exploité-e-s, la lutte collective est un moyen de défendre nos intérêts, parce qu'elle crée du rapport de force face aux exploiteurs et aux exploiteuses. Elle nous permet de faire progresser nos conditions de vies, ou tout au moins d'éviter ou de ralentir leur dégradation, parce qu'elle nous donne les moyens d'arracher aux exploiteurs un peu de ce qu'ils nous volent, de contester leur pouvoir et de reprendre ainsi du pouvoir sur nos vies. Elle fait jouer la force collective, qui est plus que l'addition de la force individuelle, dans le sens de la progression de notre situation individuelle, sans que cela se fasse au détriment des autres exploité-e-s et dominé-e-s, comme c'est le cas dans les stratégies purement individuelles.

Elle nous permet aussi de prendre conscience de notre force, et de mettre à nu les mécanismes de domination, en brisant par la même les logiques de culpabilisation individuelles de l'idéologie dominantes qui renvoie à chacun-e d'entre nous la prétendue responsabilité de notre situation, en masquant ainsi le rôle des rapports sociaux induits par le capitalisme, l'état, le système raciste et la patriarcat et plus gobalement par les rapports sociaux hiérarchiques.

 

Défendre notre dignité

 

Mais la lutte collective est avant tout un moyen de défendre notre dignité. Car même si parfois nous perdons, faute d'un rapport de force suffisant, nous marquons notre refus d'accepter notre situation d'asservissement. Défendre notre dignité, c'est un premier pas pour nous réapproprier notre vie. La lutte collective, qui ajoute à l'addition du refus individuel la force collective, l'action concertée, nous permet de rendre des coups aux exploiteurs, de briser la spirale fataliste qui voudrait faire de nous des spectatrices et des spectateurs de nos vie.

Cette spirale, c'est celle de l'aliénation que produit le système hiérarchique et l'ensemble des systèmes de dominations qui se fondent sur ce principe, qui nous dépossèdent de notre vie, de nos pensées, pour nous imposer une vie et un mode de pensée, conforme à l'idéologie dominante.

Cette question de la dignité est fondamentale, parce que la dignité est la ressource qui nous permet d'affronter un rapport de force défavorable. Elle peut parfois se réfugier dans des détails anodins en période d'oppression généralisée. C'est cette lutte pour la dignité qui a permis à tant d'êtres humains de cracher à la gueule du bourreau, à deux pas de l'échaffaud ou au seuil de la mort dans l'enceinte d'un camp de concentration et d'extermination, qui représente la flamme de la résistance à la déshumanisation, à la négation brutale des individus concrets.

 

Défendre notre éthique

 

La défense de notre dignité et de nos intérêts ne s'arrête pas à notre seul situation individuelle. Elle passe par le refus généralisé de la domination et de l'exploitation, par la défense de la dignité de l'ensemble des exploité-e-s, parce que c'est la condition de notre propre libération, de notre propre émancipation.

Michel Bakounine avait ainsi raison d'affirmer que :

"Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains, qui m'entourent, hommes ou femmes, sont également libres. La liberté d'autrui, loin d'être une limite ou une négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation"

C'est cette idée de l'interdépendance de notre propre liberté avec celle de l'ensemble des autres êtres humains, et l'idée que la liberté est indissociable de l'égalité économique, politique et sociale, en rupture avec la logique libérale bourgeoise, qui posent les bases d'une éthique libertaire fondée sur l'entraide.

C'est parce que nous trouvons dans cette éthique un outil d'émancipation individuelle et collective, mais aussi le ressort matériel de notre dignité (en posant les principes de réciprocité égalitaire d'une association qui se fasse au profit de la collectivité et non d'une minorité dirigeante ou exploiteuse), que nous en tirons la nécessité de lutter collectivement, de faire vivre la solidarité.

 

Lutter pour ne pas être assurés de perdre

 

"Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu", disait Berthold Brecht. C'est parce qu'il vaut mieux se battre pour l'égale liberté, pour l'égalité politique, économique et sociale, pour notre dignité, mener telle ou telle lutte semblant "perdue d'avance", que ne rien faire. Car le simple fait de refuser d'accepter la fatalité nous ouvre une perspective, même extrêmement minime, de gagner et d'inverser le cours des choses. C'est cette détermination, portée parfois par une poignée d'êtres humains dans les périodes les plus difficiles, qui a été le moteur du progrès social, et le refuge des opprimés en période de tempête. A la manière du flocon qui finit, en s'égrégeant à d'autres, par provoquer une avalanche, notre refus, notre résistance, notre détermination, notre révolte, en rencontrant celle des autres êtres humains, peut déplacer des montagnes. "Je me révolte, donc nous sommes" disait Camus. C'est l'addition de nos révoltes qui fait de nous des êtres humains, et qui nous ouvre la perspective d'un changement de l'existant, et donc d'en finir avec l'oppression, si à cette affirmation nous ajoutons l'exigence éthique de l'égalité et de la liberté pour tou-te-s les individu-e-s, ce qui suppose de combattre  toutes les formes de hiérarchie, politiques, économiques et sociales.

Commenter cet article