Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 14:57

Au sein des luttes sociales auxquelles nous participons, et plus largement dans la dynamique de notre combat contre toutes les formes d'oppression et de domination, nous rencontrons la religion comme idéologie, mais aussi comme fait social et culturel.

D'abord parce qu'une majorité des exploité-e-s affirme un sentiment religieux, qu'il s'agisse de l'adhésion à telle ou telle religion instituée (ou l'un de ses courants), ou la conviction qu'il existe un force extérieure à la matière, une transcendance qui, selon les cas, est présentée comme créatrice (du monde, des évênements historiques, des comportements humains, des phénomènes naturels....), comme normative (source de norme de comportement, d'une conception morale fondée sur "le bien" et "le mal" ou le "licite" et "l'illicite), comme supérieure...

Ensuite parce que la religion, comme idéologie (quelle que soit sa forme), est mobilisée dans les conflits politiques et sociaux par les protagonistes, pour justifier leur positionnement, et, dans la plupart des cas, par les dominants pour justifier leur domination.

 

Quelle est le fondement de notre critique de la religion ?

 

Quelle conception du monde ?


Toutes les religions ont en commun l'idée que ce ne sont pas les être humains, qui individuellement ou collectivement, doivent déterminer leurs comportements, les valeurs éthiques (ce que l'on considère comme juste, injuste, acceptable, inacceptable, souhaitable ou au contraire non souhaitable), la manière d'organiser la vie en société, mais une (ou des) entités extérieures aux individus et aux être humains, "transcendantes", qui définirait des normes de comportement, une conception du "bien" et du mal, de ce qu'il faut ou ne faut pas faire.

Dans le cas des religion déistes, il s'agit d'un ou plusieurs dieux, et de leur "parole révélée". Dans le cas de la religion "scientiste" il s'agit de la science vu non pas comme un méthode critique de connaissance, mais comme une autorité idéale. Dans le cas des religions "naturalistes" ou animiste, il s'agit de la nature, ou d'esprits, etc...

Cet aspect de l'idéologie religieuse (comme système d'idée), a pour conséquence de protéger de la critique des normes sociales, des comportements, des organisations sociales,  dès lors qu'ils sont présentés comme l'expression de la transcendance (volonté divine, inéluctabilité scientifique, fatalité de la nature). La conséquence en est que l'idéologie religieuse est un outil de pouvoir particulièrement efficace, puisqu'elle fait échapper-lorsqu'elle est utilisée par les dominants- les rapports sociaux, les normes, la hiérarchie, la domination, à la critique rationelle, à la possibilité de remise en cause.

Il est évident que toutes les religions ont du composer au cours de l'histoire avec la démarche rationnelle, celle qui consiste pour les individus à exercer leur propre réflexion critique et le "doute méthodique" pour forger leur points de vue, ainsi qu'à énoncer des affirmations de telle manière qu'on puisse autant prouver qu'elles sont vraies que démontrer qu'elles sont fausses, ce qui n'est pas le cas de la pensée religieuse qui est "infalsifiable"(1). C'est ce qui explique que chez l'immense majorité des croyants coexistent dans les représentations religieuses un noyau rationnel et un noyau irrationnel. C'est ce qui explique, avec les contradictions du réel, qu'aucune religion (comme fait social et historique) n'a échappé à la discussion rationnelle, liée aux divergences d'interprètations de la norme religieuse, de conception de la nature et de la forme  de la transcendance, opposant exégèse, courants religieux, interprètations littérales et symboliques du discours et des textes religieuses.

Aucune "religion", qu'il s'agisse des religions monothéistes ou polithéistes, des religions naturalistes ou scientistes, n'échappe au développement de courants religieux, qui représentent l'expression historique, dans le domaine religieux, du conflit entre la rationnalité humaine et l'irrationalité qui représente le coeur de l'idéologie religieuse.

 

Des controverses théologiques au débat philosophico-religieux, de l'Itjihad à la kabbale, aucune religion n'échappe totalement à l'approche rationnelle et à la pensée critique individuelle, qui s'exprime soit sous la forme du doute, soit sous celle de la contestation de telle ou telle interprètation du dogme, en fonction des enjeux qui s'expriment dans loa société (conflits d'intérêts, rapports de domination...).

Mais ces éléments rationnels présents dans les religions (comme production de l'histoire humaine) n'en sont pas l'expression spécifique, mais la résistence du monde social, matériel et concret, des êtres humains de chair et de sang, à un système d'idée dont le noyau repose sur la renonciation à user -l'abdication- (au moins sur une partie du réel) de la pensée individuelle critique. Bien évidemment, cette partie du réel, sur lequel l'idéologie religieuse impose à l'esprit humain de renoncer à réfléchir et interprèter (qu'il s'agisse de l'origine du monde, du sens de la vie, etc...) peut être très restreint chez un individu croyant lorsque la pensée rationnelle a poussé la pensée religieuse dans ses retranchements. Mais ce "noyau" qui échappe à toute possibilité critique, est un socle sur lequel les pouvoirs politiques, religieux, les dominant-e-s, peuvent s'appuyer pour conforter, justifier ou instituer des rapports de domination.

On rétorquera que les rapports de dominations peuvent exister, sous des formes brutales, dans des sociétés ou la rationnalité a pris une place importante, ou peuvent être incarnés, mis en oeuvre sous forme d'un discours rationnel et laique, par des individus qui eux/elles mêmes se définissent comme rationnels et laiques.

C'est une évidence. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit ici en général de discours qui n'ont de rationnels que l'apparence, et non le contenu, car la pensée religieuse ne se résume pas aux religions instituées. Le discours scientiste applique les catégories religieuses à la science, en les "laicisant". L'idéologie étatiste est elle même "la religion des temps modernes" comme l'a montré Rudolph Rocker dans son ouvrage "nationalisme et culture".La "laicité" de certains pseudo-laiques n'a plus rien à voir avec la rationnalité critique, mais tout avec le dogmatisme qui peut nourrir parfois, ou justifier des rapports de domination bien concret, sur les individus appartenant à des minorités religieuses.

Camillo Berneri, parmi d'autres, dans son texte "le prolétariat ne se nourrit pas de curés" avait il y a déjà presque cent ans souligné les dangers d'un tel dogmatisme qui, se présentant comme une critique anti-religieuse, en reprend les méthodes et le contenu, et par la même non seulement manque sa cible mais fournit des armes aux réactionnaires religieux.

Notre critique ne s'attaque donc pas seulement à la forme extérieure que prend la pensée religieuse, mais à sa nature et à son fond, qu'on retrouve dans bien d'autres approches que les religions instituées.

Lorsque nous formulons une critique de la domination et de la hiérarchie entre êtres humains, nous rencontrons inévitablement à un moment donné l'utilisation de l'argument religieux pour justifier le rapport de domination en question : "ordre divin", "ordre naturel" ou "loi de la science" sont mobilisés pour défendre l'ordre existant.

A cet instant, deux attitudes sont possibles :

_L'une qui consiste à opposer une "autre vision de la religion", utilisé par les dominants. C'est celle des divers avatars de la "théologie de la libération". Dans le cas des "religions révélés", le débat se déplacera sur les textes et leur interprètation (littérales ou symboliques), et se résoudra en fonction du rapport de force. Celui-ci se situe du côté de celui qui édicte la norme, et l'histoire humaine montre que cette discussion se place nécessairement sur le terrain des dominant-e-s, qui peuvent en définir les termes. Dans tous les cas, il est impossible d'échapper aux termes de base de la discussion qui sont imposés, parce qu'ils constituent le socle commun  religieux à l'ensemble des interlocuteurs.

Le problème se posera alors, entre deux discours religieux concurrents, de celui qui est en mesure de s'imposer par la force, et non par la conviction.

_ L'autre qui consiste à déplacer la discussion sur le terrain matériel, historique, rationnel, et d'opposer le réel à ce discours de justification utilisant la religion, c'est à dire l'opposition irréductible entre perspective de libération, d'émancipation, et oppression, en s'attaquant à toutes ses formes de justification idéologique, sous la forme d'un discours religieux théiste, naturaliste ou scientiste.

Une telle approche permet non seulement de s'attaquer aux justifications idéologiques de la domination et de l'oppression, mais aussi d'en identifier les émetteurs (pouvoirs religieux de différentes natures : clergé, idéologues religieux réactionnaires, appareils idéologiques dominants...).

 

Critique des usages politiques de la religion

 

La religion comme idéologie est un outil de pouvoir, puisqu'il ne s'agit pas d'un système de croyance personnelles, construites individuellements, mais d'un ensemble d'idées qui font système, et qui sont "performatives", c'est à dire qu'elles agissent sur le réel, en créant des normes morales, et donc des normes de comportement, de fonctionnement et d'organisation sociales.

Tous les discours religieux (scientistes, théistes, naturalistes...) ont ceci de commun qu'ils permettent aux personnes qui les énoncent d'exercer un pouvoir d'influence, tout en en masquant le ou les bénéficiaires : on peut ainsi faire agir "au nom de dieu", "au nom de la nature" ou "au nom de la science" des individus ou des groupes d'individus qui sans cette médiation refuseraient d'agir, puisqu'ils identifieraient les mobiles et bénéficiaires de l'action. Les personnes agissant sous l'influence d'une telle idéologie ou d'un tel système de norme, n'agiraient pas nécessairement de la sorte (d'une manière parfois contraire à leurs intérêts) si ils avaient conscience que l'injonction bénéficie à des êtres humains biens concrets, sous prétexte d'"accomplir la volonté de dieu", "d'obéir aux lois de la science ou de la nature".

Le clergé comme institution hiérarchisée, dans les religions structurées sur une base cléricale, est aisément identifiable comme l'un des bénéficiaires politiques de ce discours idéologique : que ce soit lorsqu'il exerce de manière directe le pouvoir, comme dans les théocraties (vatican, Iran aujourd'hui...), ou lorsqu'il justifie une structure de domination à laquelle il est lié, quelle soit étatique ou féodale...

Mais le rôle de la religion comme outil de pouvoir n'apparait pas uniquement dans un cadre ou celle-ci est structurée de manière cléricale. Le discours religieux se prète à cette utilisation même si il n'est pas porté par le clergé, mais comme idéologie commune des croyants. Ce rôle que joue la religion comme outil de pouvoir apparait au cours de l'histoire, chaque fois que la hiérarchie sociale, de quelque nature que ce soit, est justifiée par un discours religieux, comme étant l'expression d'une volonté divine, naturelle ou d'une loi scientifique. Que ce discours religieux soit tenu par une autorité religieuse instituée, ou une autorité religieuse informelle, il reste l'un des noyeaux, l'une des fondations idéologiques sur lesquelles s'appuie la domination.

C'est à ce titre qu'une politique d'émancipation se heurtera nécessairement, à un moment ou à un autre, au discours religieux, entendu ici comme le refus de la justification rationnelle d'un fonctionnement social, d'une injonction normative (morale...) en matière de comportement...

Il est indispensable d'identifier la dimension politique du discours religieux, pour briser les constructions idéologiques que dressent les dominants pour maintenir les rapports de dominations et d'oppression. La critique rationaliste accroît ainsi pour les individus en lutte la capacité à dissiper les écrans de fumée qui entretiennent ou soutiennent  l'oppression.

 

Majorité et minorités religieuses.

 

Dans tous les pays, existent des majorités ou des minorités religieuses. Les personnes appartenant aux minorités religieuses sont très souvent victimes de persécutions, d'oppression, liées à ce fait. La liberté de conscience que nous défendons, ainsi que le refus de l'oppression, implique que nous nous opposions à ces persécutions ou aux rapports de dominations en question que subissent les individus appartenant aux minorités religieuses. Cela ne signifie pas pour autant qu'il nous appartient de défendre les convictions religieuses de ces individus, ou que celles-ci doivent échapper à notre critique lorsqu'elles sont mobilisées, à leur tour, pour justifier des situations d'oppression ou des rapports de domination. Nous ne parlons ainsi pas de "religions opprimés", comme le font les idéologues religieux des minortés religieuses en question, mais bien de l'oppression des personnes appartenant à des minorités religieuses. Ce sont des personnes qui sont opprimées, et non une idéologie. 

Il est cependant indispensable de combattre les instrumentalisations qui peuvent être faites, par l'idéologie religieuse dominante, des critiques ciblées de telle ou telle minorité religieuses. Notre critique du discours religieux ne vise pas une religion plutôt qu'une autre, mais ce qui dans le discours religieux est utilisé pour justifier des rapports de domination. C'est cette approche généraliste qui nous distingue des critiques opportunistes de telle ou telle religion, qui peuvent masquer la défense voilée de la religion dominante, ou un discours raciste lorsque ces critiques sont couplées avec une racialisation des personnes appartenant -ou assignées malgré elles- aux minorités religieuses, comme par exemple dans le cas de l'antisémitisme et de l'islamophobie.

Nous combattons l'idéologie religieuse parce qu'elle prétend déterminer ou justifier les comportements, les normes sociales, l'organisation sociale dominante et soutient ou contribue de ce fait, à la domination et l'oppression des individus qui sont directement victimes de ces normes imposées (les femmes, les gay, les lesbiennes, les bi et les trans...), ou de l'organisation sociale ainsi justifiée (les classes exploité-e-s et l'ensemble des opprimé-e-s précédemment cité-e-s).

Mais ce combat ne saurait se fourvoyer dans des instrumentalisations religieuses ou racistes.

A ce titre, il importe de combattre dans chaque pays les amalgames essentialistes qui nient les contradictions idéologiques qui traversent les religions minoritaires, ainsi que les visions fantasmées de telle ou telle religion, basées sur l'ignorance, parcequ'elles fournissent les justifications intellectuelles d'une oppression réelle.

Notre critique globale de la religion n'empêche pas de distinguer les courants politiques qui s'en réclament, et de distinguer la gauche religieuse, de la droite et de l'extrême droite religieuse, sans renoncer à la critique spécifique du discours religieux, même "de gauche". Cette distinction est faites le plus souvent en Europe en ce qui concerne le christianisme, où les courants de gauche, voire d'extrême gauche, sont considérés distinctement des courants de droite (conservateurs religieux) ou d'extrême droite (intégristes chrétiens). Cela n'a jamais empêché la critique de la gauche chrétienne, et de ses contradictions et limites (et de son aspect oppressant dans le cas des rapports de genre) liées à son assise idéologique religieuse. 

Par contre, dès lors qu'il s'agit des courants politico-religieux qui se réclament du judaisme ou de l'islam, ce soucis de distinction cède le plus souvent la place, dans les pays occidentaux, à un discours fait d'amalgames, auquels se mèlent un discours à l'arrière fond raciste. Les musulmans ou juifs (ou les individus athées de culture juive ou musulmanes, qui sont assignés par l'idéologie dominante à ces identités, fussent-ils ou elles anarchistes), y compris celles et ceux qui s'affirment progressistes, de gauche ou d'extrême gauche sont souvent d'emblée suspectés, les uns d'être "islamistes" (entendu ici comme équivalent à l'extrême droite religieuse), les autres d'être "sionistes" (entendu ici comme extrême droite religieuse, nationaliste et coloniale).Leurs prises de position contre des amalgames ou une vision fantasmée de la religion à laquelle on les assigne sont souvent d'emblée interprètées comme  une défense de l'idéologie religieuse (ou nationale-religieuse) à laquelle on les assigne.

 

La grille d'analyse politique appliquée dans le cas de la religion dominante (distinguant extrême gauche religieuse, gauche religieuse, droite religieuse et  extrême droite religieuse) cède la place à des généralisations, facilitées par l'ignorance largement partagée des contradictions politiques et courants idéologiques opposés qui partagent un même référent religieux (même si, dans le cas du sionisme, celui-ci n'est que le prétexte à un discours nationaliste -et non religieux- à dimension laique).

 

Minorité religieuses, minorité nationales

 

Dans le cadre de la construction de l'idéologie de la "Nation", nous assistons depuis la fin du XIX ème à une dynamique qui vise à transformer les minorités religieuses en minorités nationales, désignées comme "ennemis intérieurs", comme corps extérieures à la "communauté nationale" vivant sur le territoire, définie par des références (culturelles et théologiques) à une religion majoritaire. Ainsi les personnes issues de minorités religieuses, mêmes si elles se convertissent à la religion dominantes ou deviennent athées, restent considérés comme extérieures à la communauté nationale par l'idéologie dominante, cette même communauté nationale étant définie par référence à la religion majoritaire. Ce phénomène est à l'origine de l'antisémitisme moderne, et se retrouve dans les formes actuelles d'islamophobie qui visent des personnes assignées à l'identité musulmane du fait d'amalgames racistes (alors mêmes qu'elles sont athées, ou partagent d'autres conviction religieuses). Ces minorités nationales (qui regroupent toutes les personnes définies comme extérieures à la communauté nationale du fait de leur assignation à une identité religieuse considérée par le discours nationaliste comme "extérieures à la nation") sont ainsi formées à partir d'une convergence de fait entre un discours nationaliste (y compris à masque laique) et la religion dominante comme idéologie, même si celle-ci a pu être combattue par ailleurs par le premier.

On peut retrouver ce traitement des minorités religieuses considérées comme exogènes (ou le relais d'intérêts "extérieurs" au corps national) dans l'ensemble des Etats où elles existent : musulmans français considérés comme "agents de l'islamisme international"(sic), chrétiens d'Irak ou d'Egypte considérés comme "agents de l'impérialisme américain", juifs du maghreb ou du Mashreq considérés comme "agents sionistes".

On aboutit ainsi à un amalgame minorité religieuse/minorité nationale forgée par les discours nationalistes, et repris par les nationalistes appartenant aux minorités nationales. (2)

Dans tous les cas, ces amalgames concourent à l'oppression des personnes ainsi assignées à une identité religieuse, et par exclusion, à une identité nationale (ou exclu, dans tous les cas, de l'appartenance à la "communauté nationale" du pays dans lequelle elles vivent par le discours nationaliste.

 

Lorsque des militant-e-s athées, issus de ces minorités religieuse (ou minorités nationales) soulèvent le caractère simplificateur, contre-productif et potentiellement réactionnaire de ces amalgames (car ils rejoignent les amalgames faits par les nationalistes racialistes comme par l'extrême droite politico-religieuse chrétienne, juive ou musulmane qui présentent ses expressions comme étant la "vraie" manifestation de la religion, ou comme étant les vrais défenseurs des intérêts de la minorité nationale ou religieuse), celles et ceux-ci sont souvent confronté à un tel régime de suspicion. Pourtant, la critique de l'idéologie religieuse, d'un point de vue révolutionnaire, ne saurait se mèler à la critique opportuniste des religions minoritaires par les courants religieux dominants ou comme support d'un discours raciste remaquillé.

Car si, d'un point de vue anarchiste-communiste, nous nous opposons en bloc à l'idéologie religieuse, comme support de l'oppression, et des systèmes d'exploitation, nous ne pouvons laisser prise dans notre discours comme dans notre pratique à la critique opportuniste des religions qui justifie l'oppression des personnes assignées aux minorités nationale ou religieuse. 

C'est à cette condition que nous construirons l'union des exploité-e-s face aux exploiteurs, et que nous combattrons efficacement l'idéologie religieuse et son utilisation par les dominant-e-s.

Dans le cas contraire, nous ferions le jeu de l'oppression nationaliste et religieuse dominante, des courants religieux les plus réactionnaires au sein des minorités religieuses, et des courants nationalistes au sein des minorités nationales. 

Notre critique sera efficace si elle ne se laisse aller ni aux raccourcis, ni aux amalgames, à plus forte raison à l'instrumentalisation par l'idéologie religieuse dominante (fusse-t-elle maquillée comme laique), ou par l'idéologie nationaliste. En ce sens, notre critique est rationaliste, c'est à dire qu'elle respecte la liberté de conscience des individus, leur intégrité, sans sous-estimer l'influence politique de l'idéologie religieuse, et donc sans renoncer au combat idéologique contre cet outil de domination et d'influence.

 

 

(1) Voir les travaux de Popper. Toute "croyance" religieuse (qu'elle soit théiste, scientiste, naturaliste, idéaliste) repose sur des affirmations formulées de telle manière qu'elle ne puissent jamais être invalidées par l'expérience. A l'inverse, une affirmation rationnelle et scientifique porte en elle même les possibilité de sa négation, de son invalidation par l'expérience ou le raisonnement logique.

(2) Dans le cas de l'extrême droite ou de la droite religieuse musulmane, c'est la notion de Oumma qui se substitue à l'idée de nation, comme mythe mobilisateur. Les courants panarabes, quant à eux, sont partagés quant à la référence à l'islam comme religion nationale de la "nation arabe".

Par Berckman
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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 15:03

L'époque est au chacun pour soi et au "tou-te-s contre tou-te-s". La propagande portée par l'idéologie dominante nous pousse au replis individuel, en nous faisant croire qu'il est impossible de changer les choses collectivement,  que les seuls possibilités de changement sont à la marge et à grand renfort de petits arrangements et de clientélisme.On nous présente l'ordre actuel comme un horizon indépassable, quant on ne nous explique pas que la dégradation de nos conditions de vie est inéluctable.

Certain-e-s d'entre nous cèdent au découragement. Dans notre entourage, les collègues, les voisins, nombreux et nombreuses sont celles qui cèdent au découragement, après avoir parfois passé des années à lutter, à se battre pour défendre leurs intérêts, leur liberté, faire reculer l'oppression.

Pour d'autres, l'idée de la lutte collective ne leur est jamais apparu comme une possibilité qu'ils pouvaient mettre en oeuvre, convaincu par le discours dominant, découragés devant les difficultés que pose la lutte ou devant le risque de répression.

Le recul du mouvement ouvrier, et plus largement des luttes populaires, de l'idée de solidarité, les échecs des mouvements sociaux ont puissement contribuer à renforcer cette tendance.

 

Pourtant, il faut affirmer et rèpèter cette évidence : "le chacun pour soi, c'est tout le monde dans la merde".

Tout le monde, à l'exception des classes dominantes.

 

Nous avons besoin de la solidarité collective pour nous en sortir : c'est parce que les être humains se sont regroupé dans l'histoire qu'ils et elles ont réussi à faire face aux difficultés de l'existante. C'est en se regroupant qu'ils ont pu faire face aux classes dominantes et faire reculer l'exploitation, faire progresser leur existence...

 

Défendre nos intérêts

 

Comme exploité-e-s, la lutte collective est un moyen de défendre nos intérêts, parce qu'elle crée du rapport de force face aux exploiteurs et aux exploiteuses. Elle nous permet de faire progresser nos conditions de vies, ou tout au moins d'éviter ou de ralentir leur dégradation, parce qu'elle nous donne les moyens d'arracher aux exploiteurs un peu de ce qu'ils nous volent, de contester leur pouvoir et de reprendre ainsi du pouvoir sur nos vies. Elle fait jouer la force collective, qui est plus que l'addition de la force individuelle, dans le sens de la progression de notre situation individuelle, sans que cela se fasse au détriment des autres exploité-e-s et dominé-e-s, comme c'est le cas dans les stratégies purement individuelles.

Elle nous permet aussi de prendre conscience de notre force, et de mettre à nu les mécanismes de domination, en brisant par la même les logiques de culpabilisation individuelles de l'idéologie dominantes qui renvoie à chacun-e d'entre nous la prétendue responsabilité de notre situation, en masquant ainsi le rôle des rapports sociaux induits par le capitalisme, l'état, le système raciste et la patriarcat et plus gobalement par les rapports sociaux hiérarchiques.

 

Défendre notre dignité

 

Mais la lutte collective est avant tout un moyen de défendre notre dignité. Car même si parfois nous perdons, faute d'un rapport de force suffisant, nous marquons notre refus d'accepter notre situation d'asservissement. Défendre notre dignité, c'est un premier pas pour nous réapproprier notre vie. La lutte collective, qui ajoute à l'addition du refus individuel la force collective, l'action concertée, nous permet de rendre des coups aux exploiteurs, de briser la spirale fataliste qui voudrait faire de nous des spectatrices et des spectateurs de nos vie.

Cette spirale, c'est celle de l'aliénation que produit le système hiérarchique et l'ensemble des systèmes de dominations qui se fondent sur ce principe, qui nous dépossèdent de notre vie, de nos pensées, pour nous imposer une vie et un mode de pensée, conforme à l'idéologie dominante.

Cette question de la dignité est fondamentale, parce que la dignité est la ressource qui nous permet d'affronter un rapport de force défavorable. Elle peut parfois se réfugier dans des détails anodins en période d'oppression généralisée. C'est cette lutte pour la dignité qui a permis à tant d'êtres humains de cracher à la gueule du bourreau, à deux pas de l'échaffaud ou au seuil de la mort dans l'enceinte d'un camp de concentration et d'extermination, qui représente la flamme de la résistance à la déshumanisation, à la négation brutale des individus concrets.

 

Défendre notre éthique

 

La défense de notre dignité et de nos intérêts ne s'arrête pas à notre seul situation individuelle. Elle passe par le refus généralisé de la domination et de l'exploitation, par la défense de la dignité de l'ensemble des exploité-e-s, parce que c'est la condition de notre propre libération, de notre propre émancipation.

Michel Bakounine avait ainsi raison d'affirmer que :

"Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains, qui m'entourent, hommes ou femmes, sont également libres. La liberté d'autrui, loin d'être une limite ou une négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation"

C'est cette idée de l'interdépendance de notre propre liberté avec celle de l'ensemble des autres êtres humains, et l'idée que la liberté est indissociable de l'égalité économique, politique et sociale, en rupture avec la logique libérale bourgeoise, qui posent les bases d'une éthique libertaire fondée sur l'entraide.

C'est parce que nous trouvons dans cette éthique un outil d'émancipation individuelle et collective, mais aussi le ressort matériel de notre dignité (en posant les principes de réciprocité égalitaire d'une association qui se fasse au profit de la collectivité et non d'une minorité dirigeante ou exploiteuse), que nous en tirons la nécessité de lutter collectivement, de faire vivre la solidarité.

 

Lutter pour ne pas être assurés de perdre

 

"Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu", disait Berthold Brecht. C'est parce qu'il vaut mieux se battre pour l'égale liberté, pour l'égalité politique, économique et sociale, pour notre dignité, mener telle ou telle lutte semblant "perdue d'avance", que ne rien faire. Car le simple fait de refuser d'accepter la fatalité nous ouvre une perspective, même extrêmement minime, de gagner et d'inverser le cours des choses. C'est cette détermination, portée parfois par une poignée d'êtres humains dans les périodes les plus difficiles, qui a été le moteur du progrès social, et le refuge des opprimés en période de tempête. A la manière du flocon qui finit, en s'égrégeant à d'autres, par provoquer une avalanche, notre refus, notre résistance, notre détermination, notre révolte, en rencontrant celle des autres êtres humains, peut déplacer des montagnes. "Je me révolte, donc nous sommes" disait Camus. C'est l'addition de nos révoltes qui fait de nous des êtres humains, et qui nous ouvre la perspective d'un changement de l'existant, et donc d'en finir avec l'oppression, si à cette affirmation nous ajoutons l'exigence éthique de l'égalité et de la liberté pour tou-te-s les individu-e-s, ce qui suppose de combattre  toutes les formes de hiérarchie, politiques, économiques et sociales.

Par Berckman
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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 14:00

Pour tous les militants et toutes les militantes anarchistes qui considèrent la révolution non pas comme un "mythe mobilisateur" ou un élément d'un folklore qu'on tarde par nostalgie à remiser au placard des antiquités, tout en ayant abandonner toute perspective d'en voir la couleur, la nécessité d'une stratégie et d'une tactique révolutionnaire se pose.
Exception faite sans doute des anarchistes qui se rangent derrière un certain spontanéisme qui ne peut faire du mouvement anarchiste qu'un spectateur, au mieux une mouche du coche du mouvement révolutionnaire.

Pour les anarchistes révolutionnaires, c'est à dire celles et ceux qui pensent qu'une révolution est non seulement possible, mais nécessaire, parce qu'elle conditionne une émancipation réelle des individus, en brisant le carcan de la société capitaliste, autoritaire, patriarcale, raciste et étatiste, il s'agit non pas d'espèrer à la manière religieuse qu'une révolution "se produise", c'est à dire, en quelque sorte, de l'attendre. L'attendre, comme un élément extérieur au processus révolutionnaire, souvent par peur de souscrire à une dérive avant-gardiste, toutn en créant les conditions précises d'une instrumentalisation du processus révolutionnaire par 'nimporte quel courant avant-gardiste, délégataire, étatite.
Il s'agit bien au contraire, en tant qu'exploité-e-s parmi les exploité-e-s, de participer à se processus révolutionnaire, non pas comme détenteur d'une vérité absolue ("scientique" ou "historique"), non pas comme avant-garde méprisant les autres exploité-e-s ou les considérants comme subordonnés, mais comme acteurs et actrices, ayant intérêt à leur propre libération et y travaillant activement.
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Cela suppose bien évidemment la rupture avec la posture libérale qui consiste à parler de liberté individuelle sans aborder les conditions de sa réalisation effective, c'est à dire les conditions sociales d'une telle émancipation qui ne soit pas le luxe de quelques uns mais la réalité accessible et praticable part tous et toutes les exploité-e-s. Cela suppose d'en finir avec l'amalgame entre lutte/organisation collective et organisation hiérarchique, c'est à dire de réaffirmer que la lutte collective est la condition de la libération de l'individu, dès lors qu'elle développe dans son processus une rupture avec le système hiérarchique, et avec l'organisation sociale hiérarchique.
C'est cette nécessaire lutte collective, et la nécessité d'une rupture collective qui rompe l'isolement de l'individu face au pouvoir hiérarchique qui sape les conditions matérielle de la domination, qu'il s'agisse de la domination de classe, patriarcale ou raciste.  
 
Dès lors, être acteurs et actrices du processus révolutionnaire, c'est travailler à renforcer les dynamiques de rupture avec le système hiérarchique, c'est à dire créer les conditions d'une foce collective révolutionnaire qui permette la libération effective des individus (non pas métaphysique, mais concrète et réelle).
Cela suppose une conception de la liberté individuelle positive (ensemble de possibilité matérielles concrète pour l'ensemble des individus, qui ne considère pas comme contrainte les nécessité de la vie sociale qui permettent l'exercice concret de cette liberté pour l'ensemble des individus, et non pour une minorité au dtériment de la majorité) et non négative (absence de contraintes, dans l'absolu, pour un individu, sans se préoccuper des conséquences des actes sur les autres individus, en terme de contrainte et de restriction de la liberté)

Créer les conditions d'une force collective révolutionnaire, c'est travailler à la convergence des exploité-e-s et des dominé-e-s contre l'Etat, le capitalisme et les systèmes de domination patriarcaux et raciste.
Cela signifie aussi défendre la perspective anarchiste, c'est à dire le refus de la domination, de la hiérarchie, portée non seulement à l'échelle interdindividuelle mais aussi à l'échelle sociale.

Partir de nos conditions de vie

C'est en partant de nos conditions de vie que nous pouvons développer des luttes populaires, autour des nécessités quotidiennes qui font apparaître la contradiction entre nos intérêts et ceux des classes dominantes.

C'est dans ses luttes populaires que peut émerger l'idée qu'une rupture avec les systèmes de domination, le capitalisme et l'Etat, est nécessaire et possible. Que les idées libertaires trouvent un écho favorable.(1)
C'est ainsi, par exemple, que les luttes populaires sur le logement opposent d'un côté, l'intérêts des propriétaires, à ceux des locataires ou des squatters.
C'est ainsi également que les luttes salariales ou sur le lieu de travail opposent d'un coté l'intérêt des actionnaires et des patrons, et de l'autre ceux et celles des travailleuses et des travailleurs.
C'est ainsi en outre que les luttes pour défendre la santé des exploité-e-s nous oppose à la bourgeoisie qui pollue, à celle qui rackette les prolétaires à travers l'industrie pharmaceutique.
Partir de nos conditions de vie, c'est donc rompre avec une conception activiste de la politique, qui consiste à "courir" les manifestations, les mouvement sociaux ou les luttes sans participer à leur création, leur élaboration et leur développement, tels des mouches du coche.
La conséquence d'une telle approche, idéaliste, revient à remplacer la construction d'une force collective qui change notre réel vécu, par une agitation permanente sans prise sur le réel, qui ne peut jouer de rôle que dans la sphère de la représentation, et qui au final ouvre la voie aux perspectives délégataires et électoraliste. untoit



 
 Partir de nos conditions de vie, cela ne signifie pas s'y enfermer, c'est à dire se replier sur notre situation personnelle, dans une forme plus ou moins élaborée de corporatisme qui aboutit à une "balkanisation" des luttes politiques.
L'enjeu de toute stratégie révolutionnaire (entendue comme la réflexion sur le moyen de contribuer le plus efficacement les conditions d'un processus révolutionnaire, à partir de la ferme volonté de ne pas l'attendre mais d'y contribuer), consiste à développer l'entraide entre les exploité-e-s, à l'articuler avec l'auto-organisation et la convergence des luttes qui confrontent les classes dominantes et les systèmes de domination dont elles tirent leur position de domination.
Partir de ses conditions pour lutter, mais se mettre en rapport avec les autres exploité-e-s, particulièrement si leurs conditions d'exploitations sont plus dures que les nôtres. Car il n'y pas de convegence réelle des luttes si l'on ne prend pas en compte les conditions des autres fractions des classes populaires, en commençant par les fractions les plus exploité-e-s et les plus dominé-e-s des classes populaires.



Pourquoi commencer par là ?

Parce que c'est le meilleur moyen de rompre avec une tendance à l'invisibilisation des luttes menèes par les fractions les plus exploité-e-s des classes populaires, qui du fait de leur situation rencontrent des difficultés plus forte dans la construction de leur luttes (difficultés économiques). Ces difficultés n'ont rien d'une incapacité et en cela l'approche révolutionnaire se distingue radicalement du paternalisme, du substitutisme ou de l'avant gardisme, mais tiennent aux conditions matérielles crées par la société de domination.
Se confronter de manière active à ces difficultés, faire vivre la solidarité sur une base égalitaire (c'est à dire sans imposer son aide mais en la proposan), de respect mutuel, c'est simplement se donner les moyens d'une réelle convergence qui ne consiste pas en l'allignement des fractions les plus exploité-e-s des classes populaires sur les fractions les moins exploité-e-s, leurs luttes et leur revendication. Cette tendance en effet conduit inévitablement non pas à créer les conditions du dépassement des contradictions des mouvements sociaux, mais au contraire leur accroissement.
 
Le moyen le plus efficace de faire converger les luttes, c'est donc d'aider au développement des luttes menées par ls  plus exploité-e-s et des plus opprimé-e-s d'entre nous. Non de manière paternaliste, non par charité bourgeoise ou par culpabilité religieuse, mais parce qu'il y a un enjeu décisif à ce que ces luttes gagnent, celles-ci jouant historiquement le rôle d'aiguillon dans les luttes. Il ne s'agit pas de "soutien", mais de la solidarité de classe, et plus largement de la solidarité entre exploité-e-s, basé sur la réciprocité d'intérêt et l'aspiration à l'égale dignité humaine, comme à l'égalité sociale.

Au sein des classes exploité-e-s, des groupes dominé-e-s règne une multiplicité de situation.La lutte contre le racisme, l'oppression des minorités nationale (qui découle de découle de l'idée nationale, et du racisme), la lutte contre la domination masculine, l'homophobie et la transphobie sont la condition de l'unité des classes populaires, étape indispensable pour en finir avec le capitalisme.

La lutte contre la société de classe est la condition d'une lutte réelle contre le racisme et le patriarcat, qui ne laisse pas de côté l'immense majorité des femmes et des personnes racisées, des minorités nationales (assigné-e-s à une catégorie raciale par le système raciste) issues des classes populaires.

Les systèmes de domination, s'il fonctionnent de manière relativement autonome, s'entretiennent et se renforcent mutuellement, puisqu'ils représentent les multiples aspects de rapports sociaux hiérarchiques, fondés sur le contrôle du corps et des pensées des individus, l'exploitation de leur force physique, de leur travail, la mise sous tutelle de leur vie pour le bénéfice des classes et des groupes dominants.

C'est autour de l'entraide et de la lutte collective que se créent les condition d'un dépassement des contradictions qui font existés entre dominés, des rapports de domination.

Cette entraide et ses luttes se construisent au quotidien.L'anarchisme, si on le conçoit non pas comme un dogme, un système de mythes, mais comme une réponse à l'aspiration des individus et des classes exploité-e-s et dominé-e-s à l'égalité politique, économique et sociale, c'est à dire à la liberté réelle, ne peut se développer comme force historique, comme outil de libération qu'à partir de ces luttes populaires, à partir des questions concrètes qu'elles posent, et non à partir d'une spéculation intellectuelle déconnectée du réelle. C'est ce que le courant "especifiste"(2) de l'anarchisme affirme : l'anarchisme doit être inséré socialement, et retrouver son vecteur historique, les luttes populaires portées par les exploité-e-s. 313206

Cela ne peut se faire que par la rencontre entre les acquis historiques issues des luttes révolutionnaires menées par le mouvement libertaire, (acquis qui ne doivent être pris comme un dogme mais comme une expérience accumulée à réactualiser sans cesse) et les mouvements populaires qui portent en eux une dimension anti-autoritaire, par la révolte qui les anime, les dynamiques d'auto-organisation qui s'y expriment, l'aspiration égalitaire et collective qui s'y trouve.

Cette rencontre n'est possible que si le courant anarchiste romp avec une logique strictement "propagandiste", de posture, ou une logique "spectaculaire" qui ne s'intéresse qu'à la radicalité formelle, ponctuelle, plutôt qu'à la dimension populaire,  qui porte en elle les possibilités, d'une radicalité de masse, et d'une dynamique rupturiste qui ne soit  pas  l'apanage d'une avant-garde quelconqie, mais qui trouve ses racines dans les classes exploité-e-s, rendant la partie répressive beaucoup plus difficile au pouvoir en place, ainsi qu'aux éventuels aspirants au pouvoir.

Cette rupture avec la logique propagandiste ou spectaculaire commence par la lutte quotidienne sur les lieux de vie et de travail, ce qui passe par la construction de solidarité concrète, des luttes immédiates fondées sur la nécessité et l'aspiration à la dignité, autour d'objectifs, de revendications ou d'alternatives concrètes.

L'anarchisme n'a de dimension révolutionnaire que lorsque c'est une idée "inserrée socialement c'est à dire portée par les mouvements populaires, à la fois par leur dimension anti-autoritaire (confrontation avec le pouvoir, tendance à l'auto-organisation), et existant au sein des mouvements populaires.

C'est ce à quoi doivent travailler les militant-e-s anarchistes, parce que nous ne devons pas oublier que ce qui fait de nous des anarchistes, c'est notre aspiration à en finir avec la hiérarchie, issue de notre révolte contre l'ordre inégalitaire existant, contre le capitalisme et la société de classe, contre l'état. Nous ne sommes pas anarchistes par spéculation métaphysique, mais parce que nous luttons pour nous libérer, puisque l'anarchisme est une réponse politique, philosophique, sociale, culturelle, stratégique et tactique aux questions qui se posent à nous dès lors que nous remettons en cause l'ordre hiérarchique.

 

(1) Le texte de Malatesta publié sur l'organisation (et notamment la Partie III ) en 1897 est à se titre encore bien actuel.
(2) L'especifismo est un courant développée par un certain nombre de camarades latinos-américains et d'organisations telles que la Fédération anarchiste uruguayenne, fondée sur l'expérience d'une cinquantaine d'année de luttes populaires. Il reprend la conception du "dualisme organisationnel", forgé par Malatesta, qui affirme la nécessité pour les anarchistes de s'organiser spécifiquement pour diffuser leurs idées, pour contribuer à défendre l'autonomie des luttes populaires (il ne s'agit pas d'en prendre la tutelle de manière entriste ou de les faire adopter l'étiquette "anarchiste", mais d'y affirmer, comme participant -non comme commentateur extérieur- le refus des récupérations politiciennes et électoralistes), et la nécessaire développement d'organisations populaires (syndicats de base, collectifs de luttes, coopératives...) autonomes, à partir de la nécessité des luttes. L'especifismo insiste sur le refus de l'activisme, c'est à dire sur la nécessité des anarchistes de construire avec d'autres les luttes populaires, et non de ne s'y intéresser que quand elles atteignent un pic, de manière uniquement propagandiste, pour ensuite les délaisser pour une autre, dans une stratégie de saut de puce. Pour plus d'info (en anglais) http://www.anarkismo.net/newswire.php?story_id=2999

Par Berckman
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 12:40

La bourgeoisie a anticipé la crisé économique capitaliste. Pour préserver son taux de profit et continuer à s’enrichir sur notre dos, en exploitant notre travail, elle a mis en place un certain nombre de dispositifs :

Elle a d’abord menée une politique visant à s’approprier une plus grande part des richesses créées aux détriment des travailleuses et des travailleurs :

Gel des salaires, exonérations de cotisations patronales créant artificiellement le trou de la sécu, et parrallèlement déremboursement, et baisse des allocations chômages et des pensions retraites…

Gains de productivité obtenus par des licenciements et l’augmentation des candences pour ceux qui restent.

Hausse des prix, et notamment des loyers, liée à la spéculation immobilière, mais aussi à des ententes visant à créer des situations de monopole permettant d’augmenter les prix (on garde des logements vides pour faire augmenter les loyers, on se met d’accord entre entreprise pour proposer des prix élevés pour les denrées d’usage)

privatisation massive des services publics, visant à conditionner l’accès à la santé, à l’instruction, aux transports, à la poste, à l’énergie… à la possibilité de payer, et à créer ainsi la source de nouveaux profits, en créant de nouveaux marchés. Cela achève une tendance qui consistait, auparavant, à introduire dans ces services publics les logiques de rentabilité, et cela aggrave le caractère inégalitaire de ces services publics qui n’ont jamais été réellement égalitaires…

Faire payer les travailleuses et travailleurs à la fois comme contribuables (TVA, impôts directs), comme salariés (cotisations sociales) et comme usagers (franchises, déremboursement, mutuelles…) la part qu’elle était auparavant obligée de payer du fait du rapport de force de classe dans l’après guerre…

Tout cela à permis de faire passer la part des richesses créées appropriées par le capital de 30 % à 40 % en 30 ans… Cette tendance s’accroit.

Cette politique a pour conséquence un appauvrissement de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, et plus particulièrement les fractions les plus exploité-e-s des classes populaires : prolétariat ouvrier et employé-e-s, et parmi celui-ci, les femmes, les travailleurs immigrés et plus particulièrement les travailleuses et travailleurs sans papier.

Cet appauvrissement a provoqué des révoltes populaires, qui se sont traduit autant par une reprise des luttes populaires de masses et des luttes ouvrières (contre la casse de la sécu, des retraites, contre le licenciements, contre la casse des services publics, précarisation/CPE), mais aussi par les émeutes de 2005, et plus largement les émeutes suite à des exactions policières.

Ces différents mouvements n’ont pour l’instant que très peu convergé, du fait des situations très diverses que connaissent les classes populaires, liées aux systèmes de domination raciste et patriarcal, mais aussi au poids de l’idéologie dominante qui entretient une oeuvre de division visant à séparer les différentes fractions des classes populaires afin de prévenir toute remise en cause de l’ordre capitaliste et étatique, et donc de la poursuite de l’exploitation et de la domination…

Cependant le CPE, en réalisant sur le terrain de la lutte une convergence des différents secteurs de la jeunesse populaire, ainsi que des secteurs très divers du salariat, a résonné pour les capitalistes et l’Etat comme une lourde menace. En effet, si une telle convergence tendait à se développer, un retour à l’offensive des exploité-e-s dans la lutte des classes devenait possible, car cela permettait le retour d’une identification du réel antagonisme social, celui qui oppose exploiteur et exploité, c’est à dire l’antagonisme de classe. En effet, sur le terrain de la lutte économique se réalise la conscience d’appartenir à des classes ayant une communauté d’intérêt, car subissant une communauté d’exploitation, par opposition à des classes ayant en commun l’appropriation de la force collective sociale, sous la forme d’une appropriation des richesses produites par le travail des exploité-e-s, et d’une appropriation du pouvoir de décision par les classes dirigeantes.

Ceci représentait la première étape pouvant ouvrir la voie à un processus révolutionnaire, pouvant remettre en cause l’ordre capitaliste et étatique.

Au moment de la grève générale en Guadeloupe, un tel risque a refait surface, l’expérience guadeloupéenne ayant fortement inspiré le mouvement social en métropole, rendant crédible plus que jamais la perspective d’une grève générale.

Cette menace a été très nettement perçue par une partie de la bourgeoisie : comme le montre, par exemple, les propos de Dominique de Villepin le 19 avril 2009 sur Europe 1, affirmant qu’il « existait un risque révolutionnaire en France » (Emission le grand Rendez vous, Europe 1, Le Parisien/aujourd’hui en France »).

La lutte des classes dans un contexte de crise du système capitaliste se fait de manière de plus en plus aigue. Pour l’instant, l’avantage de la bourgeoisie repose sur plusieurs aspects :

Principalement un affaiblissement de la conscience de classe, qui rend plus difficile toute perspective de remise en cause du système politique économique et social capitaliste et étatique.

C’est justement un « rebond » de cette conscience de classe qu’ont représenté les deux périodes fin 2005/2006 (emeutes et CPE) et début 2009 (guadeloupe/ mouvement de grève privé/public associé au mouvement étudiant/lycéen jusqu’en mars 2009)

L’accroissement de l’appareil de contrôle de l’Etat. La tendance au durcissement de l’appareil répressif, inspirée par la doctrine de la guerre révolutionnaire, s’est accéléré depuis 2001, : loi sur la sécurité quotidienne, LOPSSI 1 et 2 : la gauche comme la droite au pouvoir ont brandi la peur de l’insécurité et du terrorisme pour accentuer les dispositifs répressifs et renforcer les forces de répression. Plus de 400 unités de l’armée sont ainsi entrainées à faire face à la guérilla urbaine, avec la création d’un centre de formation dédié, le Cenzub, à Sissonne, dans l’Aisne, en 2006 (1).

Les services de renseignement sont fusionnés au sein de la DCRI, alliant "renseignement intérieur" et "extérieur" : C’est le retour assumé de l’association entre "ennemi intérieur et extérieur" tel qu’identifié durant la guerre d’Algérie (2)

A ces aspects s’ajoute une stratégie qui s’inscrit comme le quadrillage policier des populations dans la doctrine "contre-insurrectionnelle" (Doctrine de la guerre révolutionnaire), telle qu’elle a été développée lors des guerres coloniales :

 

la création d’un ennemi intérieur autour de plusieurs figures stéréotypiques :

*

Celle du "jeune de banlieue", qui voit la systématisation d’un discours de type raciste doublé d’un mépris de classe. L’utilisation du terme "banlieue" pour désigner les quartiers populaires (en majorité habité d’ouvrier-es ou employé-e en activité ou au chômage) est éminement politique : il vise à masquer la question sociale, en utilisant un géographisme qui suggère que les inégalités sociales sont une question géographique et non la production du système capitaliste et ce qui lui est indissociable, la division de la société en classe. Cela a également pour objet de diviser les classes populaires en substituant à l’appartenance de classe l’assignation territoriale. La figure du "jeune de banlieue" est alors ensuite désignée dans les médias bourgeois et le système raciste comme celle d’un individu racisé, essentialisé (c’est à dire réduit à des stéréotypes, des préjugés de type raciste) c’est à dire défini comme appartenant à une "race" : cela vise à substituer une lecture racialiste -et raciste- de la société à une lecture en terme de classe sociale. Ceux que les médias, le gouvernement et les nationalistes appellent des "jeunes de banlieues", ce sont des jeunes prolétaires, dont une partie importante est victime du racisme institutionnel de l’Etat.

*

Celle des musulmans, racialisés (on assigne à une catégorie de population une religion, que les personnes assignés soient ou non réellement croyant, religion qu’on essentialise par ailleurs autour de ses interprétations les plus réactionnaires). Cela se traduit par le développement d’un discours raciste spécifique, qui attaque l’islam non comme religion parmi d’autre, mais comme figure de "l’anti-france", "l"anti-europe" ou "l’anti-occident", dans le cadre général de la théorie du "choc des civilisations" cher à S. Huntington mais aussi aux théoriciens français de l’ethno-différencialisme, qu’on retrouve notamment dans les réseaux politico-militaires actifs lors de la guerre d’Algérie. Ce qui est attaqué, ce n’est pas la religion musulmane en temps que telle, dans son essence religieuse, mais une partie de la population associée et assignée à l’islam (un islam "imaginaire", fantasmé et caricaturé) dans l’imaginaire raciste (arabes, turcs, pakistanais, noirs, qu’ils soient effectivement musulmans ou non). L’"islamophobie" est ainsi l’une des formes que prend le discours raciste contemporain, comme l’antisémitisme (qui procède également par la racialisation d’une religion, assignant les individus à une religion aux contours déformés), en est une autre. Si l’antisémitisme d’Etat (la discrimination institutionnelle des juifs ou la prise en charge d’un discours antisémite par l’Etat ou les hommes politique) à disparu en France (ce qui est loin d’être le cas pour l’antisémitisme comme idéologie au sein de la population) , il existe bien aujourd’hui un racisme d’Etat qui prend notamment la forme d’une islamophobie d’Etat, qui s’articule autour de la figure du "terroriste islamiste" et plus largement du "péril islamique" (3). L’intérêt pour l’Etat et les propagateurs d’une telle rhétorique est multiple : il permet de contourner sa propre législation de répression du racisme en entretenant l’ambiguité entre critique d’une religion, l’islam, et attaque contre une catégorie de population associée, assignée à l’islam (l’ensemble des travailleurs et travailleuses non blancs résidant en france, désigné lorsqu’ils ont la nationalité française comme "français d’origine" par opposition aux "français de souche", sous entendu "blancs" de peau), que les individus qui la composent se revendique de cette croyance ou non : le pouvoir joue sur les stéréotypes racialistes : "musulman= arabe = turcs = une partie des noirs = pakistanais = jeunes de banlieue". Comme en témoignent les propos de Nadine Morano, députée UMP, qui lors du "débat sur l’identité nationale", affirme : " Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers" (4)

*

Celle des subversifs rangés dans une catégorie fourre tout "anarcho-autonome" et ultragauche, comme en témoigne notamment les différentes vagues d’arrestation et de criminalisation des personnes et des groupes que le pouvoir désigne par cette étiquette, qu’ils soient militants révolutionnaires "autonomes", anarchistes, organisés formellement ou non. Le discours de Michèle Alliot Marie et sa circulaire concernant la "résurgence du terrorisme anarcho-autonome", ainsi que le montage de l’affaire de Tarnac représentent certaines des pièces de ce dispositif visant à exercer la répression de manière ciblée, afin de tracer les lignes entre la "contestation tolérée" et les "formes de contestations acceptables" d’une part, et celles qui, parce qu’elles remettent en cause l’ordre capitaliste par le discours ou la pratique, sont attaquées et qualifiées de "terroriste". Il s’agit de signifier à l’ensemble des mouvement sociaux les limites dans lequel doit s’enfermer la contestation, mais aussi de réduire l’affrontement social à un groupe, une courant ou une "nébuleuse" désigné-e, auquel on demande à la population de se dissocier.

La réactivation du discours nationaliste et ce qui lui est indissociablement lié, racisme et antisémitisme (5), ainsi que le soutien idéologique ou pratique à des mouvements de type fasciste. Nationalisme, racisme et antisémitisme sont présents dans la quasi totalité du spectre politique à l’état plus ou moins diffus, mais leur diffusion est assurée à la fois par les médias bourgeois, le racisme d’Etat, et par le discours d’un certain nombre de politiciens et d’intellectuels, mais aussi par les courants idéologiques et les officines fascistes.

*

La création d’un ministère "de l’immigration et de l’identité nationale", ainsi que le débat sur l’identité nationale réactive le discours nationaliste et dans le même temps, comme conséquence, la xénophobie, c’est à dire l’hostilité à l’égard des étrangers. Ce discours vise à protéger la bourgeoisie en divisant les travailleuses et travailleurs sur la base de la nationalité : en transférant la responsabilité des difficultés sociales sur les travailleurs immigrés, la bourgeoisie dévie ainsi la colère populaire en montant les travailleuses et travailleurs les un-e-s contre les autres. Dans le même temps, la politique anti-immigré a pour effet d’accentuer la précarisation des travailleuses et travailleurs immigrés, et ainsi de tirer vers le bas les salaires, les conditions de travail de l’ensemble des prolétaires. C’est à ce titre que la revendication de régularisation des tou-te-s les travailleurs et travailleuses sans papiers prend son sens, car elle permet de briser cette dynamique de précarisation, et créer le conditions d’une lutte commune et offensive entre travailleuses et travailleurs, face à la bourgeoisie. Le débat sur l’identité nationale permet de masquer les vrais problèmes qui se posent à l’ensemble des classes populaires, quelle que soit leur nationalité : difficultés à se loger, loyers en hausse, licenciement, appauvrissement, problèmes d’accès à la santé, et d’évacuer les vraies questions : le partage des richesses, l’organisation économique, politique non pas au service d’une minorité exploitant la majorité, mais au service de la collectivité. (6)

*

La diffusion d’un discours raciste masqué derrière un discours pseudo-laique dévoyé, qui s’attaque non pas à l’influence religieuse en général sur la société et la vie politique, mais à une seule religion minoritaire, permettant ainsi de faire passer un discours raciste masqué derrière la critique d’une religion. C’est le cas avec l’islam, comme cela avait été le cas avec le judaisme à une autre époque, ou nombre de critiques de la religion juive ne s’attaquaient pas à son caractère d’idéologie religieuse mais à une religion fantasmée et auquelle étaient assignés des stéréotypes racistes de type antisémite. Ce discours est tenu par le gouvernement (il trouve cependant des relais dans l’ensemble de la classe politique, y compris à l’extrême gauche ou dans le courant libertaire), pour mobiliser la population en faisant passer un discours raciste sous une forme "présentable". Cela n’empêche ni l’Etat par ailleurs de financer activement divers cultes de manières indirecte, à travers notamment l’enseignement confessionnel privé, mais aussi les organismes religieux "représentatifs", ni pour celui-ci de se créer une clientèle au sein des institutions religieuses des différentes religions afin d’assumer un travail de contrôle social. L’hypocrisie de ce discours (décallage entre stigmatisation publique d’une religion et pratiques en contradiction avec la laicité)en souligne toute la dimension raciste.

Le soutien aux courants fascistes, comme prolongement du nationalisme, visant à la fois à dévier la révolte populaire, et à créer des mouvement pouvant suppléer l’Etat dans la répression des révoltes populaire, s’affranchissant au besoin des contraintes de la légalité bourgeoise. du nationalisme français classique, qui joue un rôle de division des classes populaires fondé sur la nationalité ou la couleur de peau, se développent des mouvements de type authentiquement fascistes, qui adoptent des stratégies d’alliance différenciées. *

Ainsi en est il des différentes courants, tendances et groupes se réclamant du nationalisme révolutionnaire : *

o

Les identitaires affirment ainsi un "anticapitalisme" de façade, romantique, dans la droite ligne du courant "national et social" du nationalisme français, tout en s’ancrant dans une conception ethnodifférentialiste et raciste qui fait la promotion d’un nationalisme et d’un suprémacisme blanc européen. Ce mouvement tente de fédérer la petite bourgeoisie et les prolétaires "blancs" autour d’un discours fondé sur l’affirmation d’une identité "blanche" et "européenne", face aux "musulmans" et à "l’islam" conçus comme un bloc menaçant l’intégrité culturelle, raciale des "européens" "de souche", c’est à dire "blancs et chrétiens ou païens". Dans ce contexte de crise, ce pseudo anticapitalisme, qui se présente comme "révolutionnaire", a pour fonction la défense de la bourgeoisie, puisqu’il divise les travailleuses et les travailleurs sur une base nationale, culturelle et racialiste. Les prolétaires immigrés ou désignés comme "allogènes" du fait de leur couleur de peau ou une orientation religieuse musulmane assignée par les nationaliste, sont désignés comme responsables (ou coresponsables) de la dégradation des conditions de vies des travailleuses et travailleurs et de la petite bourgeoisie. Cette rhétorique permet de masquer les responsabilités de la bourgeoisie, et plus largement, des rapports sociaux quotidiens du capitalisme et de l’Etat (exploitation - appropriation de la plus value par le biais du salariat, division de la société en classe, hiérarchie,…) dans cette dégradation. Cette tendance politique, bien qu’antisémite, essaie parfois de rallier des fractions de la minorité nationale juive (7) à sa politique, au nom de la lutte contre "l’islamisation". Il s’agit ici de dresser les minorités nationales juives, arabes et noires les unes contre les autres, au nom d’une prétendue "menace islamique", qui est la forme que prend une partie du discours raciste contemporain pour contourner la loi Gayssot et éviter les accusations de racisme. Cette tendance assume, de la même manière que l’aile "nationale et sociale" du front national réunie autour de Marine Le Pen, la fonction de division des classes populaires sur une base raciste et autour de la fiction qu’est la nationalité, en désignant comme ennemi prioritaire et bouc émissaire les étrangers, les arabes, les noires et les musulmans comme responsables de la dégradation des conditions de vie des prolétaires et de la petite bourgeoisie blanche, ce qui permet d’éviter toute remise en cause réelle du capitalisme et de la domination de la bourgeoisie et de l’Etat, en tentant de dévier les révoltes populaires dans le sens d’un affrontement au sein des classes populaires.

*

Ainsi en est il de la mouvance ethno-différencialiste autour de Kemi Seba (Stelio Capochini du "mouvement des damnés de l’impérialisme") et de Thomas Verlet (du Parti solidaire français) qui vise à dévier la révolte populaire qui monte dans un sens raciste de type antisémite afin de préserver la bourgeoisie de la colère populaire, et d’éviter que se développe une mise en cause du capitalisme. Kemi Séba se situe dans le prolongement du nationalisme "social" français (8) le plus classique, celui qui a forgé les bases de la doctrine fasciste, puis nazie, à la fin du XIXème siècle. Ce qui explique sa proximité avec les nationaux-socialistes affichés du Parti solidaire français. Ce fascisme d’origine bien française, se fonde d’abord sur un discours raciste : on retrouve chez Kemi Séba l’influence d’un Vacher de Lapouge, mais aussi d’un Gobineau et des théoriciens du racisme qui ont été aux premières loges pour justifier la colonisation, le statut de l’indigénat, les massacres et l’oppression coloniale."L’anti-impérialisme" de pacotille de Séba apparait précisément pour ce qu’il est : une défense de l’impérialisme français, puisqu’il se base sur l’idéologie racialiste que celui-ci à forger pour justifier sa politique de conquête. Dans le même temps, celui-ci évite soigneusement de parler des exactions et du pillage de la bourgeoisie française (néo)colonialiste et impérialiste. Quand il évoque des situation où est impliqué l’impérialisme français, il n’y fait pas référence, et fait porter la responsabilité à un "gouvernement sioniste" associé aux juifs (la fréquence des allusions antisémites qu’il fait sur le mode "humoristique" ne laisse peu de doute à ce sujet), ré-utilisant là les classique de l’antisémitisme politique, qui vise à protéger la bourgeoisie contre la révolte populaire en attribuant les méfaits du capitalisme et de l’impérialisme aux juifs. L’Etat s’est démené pour donner crédit à son discours, en assurant sa médiatisation, et en le faisant passer à peu de frais comme un subversif "antisystème", alors qu’il n’est que le porte-voie de l’idéologie nationaliste forgée comme système de défense par une fraction de la bourgeoisie française. Kémi Séba se situe ainsi dans la tradition d’un nationalisme révolutionnaire français qui est le rempart ultime de la bourgeoisie en période de crise.

*

Ainsi en est il également de la mouvance "antisioniste" constituée autour du trio Soral- Gouasmi-Dieudonné, dont le discours se structure également sur la base du nationalisme français, axé sur l’antisémitisme politique, même s’il mobilise également le fond antisémite religieux lié à la culture catholique française. Cette mouvance se situe dans la filiation revendiquée de la « droite révolutionnaire » française, et donc du « cercle Proudhon » qui réunissait des syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de Sorel, mais également des socialistes comme Lagardelle, avec des militants « nationalistes intégraux » de l’Action française . C’est ce courant, qui a tenté la synthèse entre d’une part un socialisme antirationaliste, ayant renoncé à une rupture avec l’ordre capitaliste et la propriété privé, et d’autre part un nationalisme s’étant détaché de l’aristocratisme, qui va être à l’origine de l’idéologie fasciste de la « droite révolutionnaire ». « Gauche du travail et droite des valeurs », ce slogan d’Egalité et Réconciliation, l’organisation d’Alain Soral, résume bien la synthèse socialiste nationale, qui vise à la « nationalisation du prolétariat ». Cela correspond à une conception darwiniste sociale, qui considère que les nations, comme mythe, sont le moteur de l’histoire, et qui substitue la lutte des nations entre elle pour leur survie, à la lutte des classes. Substituer l’opposition entre groupes humains assignés à une nations ou entre groupes humains assignés à une race à la lutte des classes, c’est substituer à la lutte des prolétaires pour leurs intérêts concrets la lutte pour des mythes. Ces mythes permettent ainsi de mobiliser les classes populaires en défense des intérêts de l’impérialisme français, dans une période ou celui-ci redouble d’agressivité sur le plan international du fait de la crise. En cela ce courant sert l’intérêt de la bourgeoisie française. (9) Cette mouvance instrumentalise l’opposition au colonialisme israélien et au sionisme pour réhabiliter le discours antisémite classique du nationalisme français. Cela lui permet de contourner la loi Gayssot, tout en diffusant un antisémitisme de masse au moyen d’amalgames à partir de la situation palestinienne. Les stéréotypes antisémites visant les juifs (prétendue maitrise de la finance, des médias…) étant attribués à des "sionistes" accusés de contrôler le monde, l’instrumentalisation de la question palestinienne apparait de manière évidente :il ne s’agit pas pour ce courant de s’opposer à une politique coloniale, mais avant tout de diffuser un discours antisémite visant à exonérer la bourgeoisie française de toute responsabilité dans l’appauvrissement et l’exploitation des classes populaires, mais aussi de masquer la politique impérialiste de l’Etat français. Comme pour Kémi Séba, il s’agit ici de dévier la révolte populaire pour protéger la bourgeoisie française, en désignant un bouc émissaire, les juifs, dans la droite ligne de l’antisémitisme historique. Les deux courants essaient de mobiliser une partie des minorités nationales (arabes, noires…) contre une autre minorité nationale (la minorité nationale juive), dans un "front uni contre le sionisme" qui est en fait un "front uni antisémite", visant à dévier la révolte populaire contre le racisme et l’appauvrissement généralisé provoqué par le système capitaliste et l’Etat, afin de protéger ces derniers contre la colère populaire. Cela n’est pas nouveau : les pogroms ont historiquement été utilisés pour dévier la violence populaire contre des bouc émissaires, les juifs, afin de protéger les classes dirigeante d’une explosion sociale ou d’un risque révolutionnaire. Ainsi, les pogroms qui ont eu lieu dans les années 1880 sur le territoire polonais, orchestrés en partie par l’okrhana, les services secrets de la russie tsariste, qui avaient pour objet de protéger la bourgeoisie et l’aristocratie russe, en déviant la violence populaire contre les prolétaires juifs polonais. Cette tactique a été également utilisée en Algérie, à l’époque coloniale française, ou les propagandistes de la ligue antisémite allaient inciter les algériens musulmans à s’en prendre aux juifs qu’ils rendaient responsable de leur malheur : cela permettait de préserver le pouvoir colonial de toute perspective de révolte ouverte contre l’oppression qu’il exerçait, en créant un écran que les juifs algérien ont payé de leur sang. Le bénéfice était double pour le pouvoir colonial et la bourgeoisie française : dresser les arabes musulmans contre les juifs, et réciproquement : cela permettait de préserver le système colonial, et les colons, d’une révolte populaire. La bourgeoisie française et l’Etat français ont acquis une longue expérience en matière contre-insurrectionnelle et contre-révolutionnaire, au point qu’ils l’exportent. Les vieilles recettes qui se sont écrites dans le sang des minorités nationales et des classes populaires reviennent au goût du jour à la faveur de la crise. Il n’est d’ailleurs guère étonnant de voir qu’Egalité et réconcilation et Dieudonné et consort font preuve d’un silence ou d’une complaisance certaine envers l’impérialisme français et les responsabilités de la bourgeoisie française dans la boucherie coloniale, en la présentant comme une "erreur de parcours", laissant soigneusement de côté la politique impérialiste française actuelle.

Ces 3 tendances se revendiquent du même patrimoine idéologique nationaliste révolutionnaire ou « socialiste nationale » (pseudo-anticapitalisme, racisme "ethno différencialiste" (10), antirationalisme, utilisation des mythes et de la « psychologie des foules » inspirée du fasciste Gustave Le bon comme moteur de l’histoire (11), sexisme, homophobie.

L’homophobie de ces courants les a d’ailleurs amené, malgré leurs différences idéologiques et stratégiques, à se retrouver sur une ligne commune d’agression envers les homosexuels, comme en témoigne la présence commune des identitaires et d’Egalité et réconciliation au rassemblement contre le Kiss-in à Saint Jean. C’est également pour la même raison qu’ils se retrouvent dans les mouvements d’opposition à l’IVG. Dans les 2 cas, il s’agit de défendre une vision essentialisée des femmes, assignée au rôle de reproductrices soumises, afin d’assurer la « reproduction des forces vives de la nation, les hommes étant quant à eux assigné au virilisme guerrier. Pour celles et ceux qui sortent de cette norme sociale c’est la répression sous forme de violence physique, et le fascisme historique a montré que la dimension génocidaire n’est jamais loin dans cette logique sexiste et eugéniste (auquel s’ajoute par ailleurs l’eugénisme vis à vis des personnes non valides).

De même, ces 3 courants ont en commun une révolte caractéristique du fascisme contre le rationalisme des « lumières », le mépris de « la foule » conçue comme menée essentiellement par ses émotions, le rejet de la démocratie (non pas de la pseudo-démocratie bourgeoise, mais de la démocratie comme principe) liée au rejet de l’égalité comme valeur, à la promotion de la hiérarchie comme principe d’organisation sociale. « Révolte « contre la culture de la société bourgeoise et le libéralisme, ils n’en défendent pas moins ses fondamentaux économiques (capitalisme, propriété privée) et donc jouent dans un contexte de crise le rôle de chien de garde de l’ordre capitaliste, quand bien même ils se vivent et se voient comme « révolutionnaires », « révoltés contre le système ».

Ces 3 courants au patrimoine idéologique commun ne se différencient que par des axes tactiques et par des appréciations idéologiques secondaires :

Les identitaires (et la tendance "sociale et nationale" du FN) s’adressent en priorité à la petite bourgeoisie et aux travailleuses et travailleurs "blancs",’ pour prévenir leur révolte. De manière secondaire, ils tentent de mobiliser la minorité nationale juive pour la dresser contre les autres minorités au nom d’une lutte contre "l’islamisation", au nom de "l’occident judéo-chrétien". Les identitaires sont racistes et antisémites, mais il désignent comme "ennemi principal" les arabes, les noirs et toutes les populations qu’ils désignent comme "non blanches" "allogènes", ce qui les amènent à mettre en avant principalement le racisme contre les noirs, les arabes, les turcs (désignés comme "musulmans"), en laissant leur antisémitisme au second plan pour attirer la fraction de la minorité nationale juive nationaliste française assimilationiste, et les sionistes (nationalistes juifs) dans un "front uni contre l’islamisation".

_ La mouvance ethnodifférentialiste autour de Kemi Séba et le "Parti solidaire français" et la mouvance "antisioniste" autour de Soral-Dieudonné-Gouasmi visent à mobiliser, dans un front uni antisémite, les classes populaires et la petites bourgeoisie blanche, ainsi que les minorités nationales noires et arabes, contre les juifs. Il s’agit ici également de dresser les minorités nationales les unes contre les autres. Le racisme colonial, partagé par la composante nationaliste "de souche" passe ici au second plan au profit de l’antisémitisme, afin de dresser les minorités nationales noires et arabes contre la minorité juive, et ainsi diviser les classes populaires, tout en protégeant la bourgeoisie, en désignant un bouc émissaire faisant figure de "pseudo-bourgeoisie" grâce aux stéréotypes antisémites traditionnels.C’est cette tactique qui sous-tend la séparation artificielle faite entre "capitalisme industriel" (le bon capitalisme enraciné, selon cette rhétorique) et "capitalisme financier", dans la droite ligne du fascisme historique, qui du fait de la permanence de l’idéologie antisémites et des stéréotypes qu’elle véhicule (association entre les juifs et la banque, la finance), permet de protéger le capitalisme et la bourgeoisie d’une remise en cause, en désignant des boucs émissaires.

La différence tactique entre ces deux mouvances, c’est que Séba et le PSF affirment une conception ouvertement racialiste du nationalisme, alors que la mouvance Soral-Dieudonné mixe la conception nationaliste française racialiste avec celle de la "communauté de destin" telle que définie par Ernest Renan (théoricien de la conception française de la nation).

Mais les deux partent d’un constat partiel de la réalité des classes populaires aujourd’hui, c’est à dire de l’existence de minorités nationales noires et arabes, et cherchent à prévenir leur révolte contre le système raciste et le capitalisme et l’Etat, en s’adressant à elle, en les mobilisant de manière à préserver la bourgeoisie française et l’Etat de la révolte populaire et d’une éventuelle unification des différentes fractions des classes populaires (la fraction des classes populaires "blanche" et les fractions des classes populaires appartenant aux minorités nationales), affirmant une unité de classe face à la bourgeoisie. Une telle unification reviendrait à replacer l’affrontement sur le terrain de l’affrontement entre les classes et comporte un risque révolutionnaire évident pour la bourgeoisie.

C’est en conscience de cela qu’elle s’efforce de masquer les antagonisme de classe et d’y substituer les antagonismes racistes. Les nationalistes révolutionnaires représentent le groupe le plus explicite et déterminé portant cette idéologie nationaliste et raciste qui influence l’ensemble de la classe politique française. Dans un contexte de crise, leur " radicalité d’apparence" permet de canaliser la révolte populaire, pour conserver le caractère "horizontal" de la violence, au sein des classes populaires et entre ses différentes fractions, pour éviter que cette violence ne devienne "verticale", c’est à dire dirigée contre les classes dominantes, la bourgeoisie, le capitalisme et l’Etat.

Les nationalistes révolutionnaires, suprémacistes blancs français trouvent des alliés naturels au sein des courants nationalistes spécifiques aux minorités nationales, ou avec des mouvements nationalistes et réactionnaires alliés de l’impérialisme français, comme le montre l’alliance ou entre le PSF et Kémi Séba, le rapprochement entre les identitaires et les sionistes fascistes de la LDJ, entre Soral, UOIF et Gouasmi du centre Zahra France.

Les nationalismes se renforcent mutuellement, même s’il paraissent s’opposer en apparence (tout en partageant le même fond idéologique, et la même fonction de défense de la bourgeoisie) puisque la montée de la violence au sein des classes populaire liée à la diffusion des discours racistes et nationalistes alimente dans le même temps le replis nationaliste, les différents nationalistes s’appuyant sur les nationalismes prétendument antagonistes pour justifier leur théories.

Réalité de la menace fasciste

La période récente a vu se développer à une vitesse rapide, en France comme en Europe, des mouvements de type fasciste, notamment ceux précédemment évoqués associant une activité d’implantation sociale, une forte activité de diffusion idéologique à travers notamment la culture (musique, internet,…), se basant sur une relecture fasciste de Gramsci, qui insiste sur l’importance du métapolitique, c’est à dire de l’hégémonie culturelle, dans la stratégie politique, ainsi qu’une activité de rue agressive. Dans un certain nombre de pays d’Europe, cela s’est traduit par une augmentation des attaques racistes, homophobes, xénophobes mais aussi des agressions de militant-e-s révolutionnaires, des attaques contre les luttes populaires. En cela on peut constater le rôle de supplétif de l’Etat que jouent ces groupes fascistes, comme en témoigne par exemple l’agression à coup de barre de fer d’un rassemblement contre la venue de Besson à Lyon.

En France cette tendance est donc de plus en plus perceptible, comme en témoignent les exemples de Lyon, Tours, Arras, Lille et bien d’autres lieux… Cette tendance a une voie royale pour se développer dans un contexte de crise capitaliste, et la bourgeoisie, qui pour l’instant cantonne les fascistes dans un rôle de supplétif, (parce que le masque de la démocratie lui est pour le moment moins couteux comme mode de gouvernance et de gestion des classes populaires),peut tout à fait leur accorder un soutien politique et financier le jour où elle se sent menacée.

Pour l’instant nous sommes au stade du développement d’une influence culturelle et idéologique de masse, et la violence de rue des fascistes, si elle augmente, reste mesurée, parce que la bourgeoisie et l’Etat lui fixent des limites, mais nous risquons de nous retrouver rapidement face à une une dynamique pogromiste, si la bourgeoisie et l’Etat lâchent la bride au fascisme. Si le fascisme se développe plus encore, l’histoire nous a montré qu’il possédait une dynamique génocidaire intrinsèque.

On constate également que les groupes fascistes s’appuient sur une stratégie de passerelles, notamment sur internet, ou ils mobilisent des "idiots utiles" pour diffuser une partie de leur discours, prendre leur défense voire relayer leur discours au nom de la "liberté d’expression", faire la promotion de leur site au moyen d’un système de liens internet.

C’est le cas par exemple d’intellectuels comme Michel Collon ou comme Jean Bricmont : le site du premier sert de Passerelle vers des sites fascistes (Alterinfo tenu par un militant de Vox NR, structure nationaliste révolutionnaire, clap36 tenu par des proches de Dieudonné, etc…) et son dernier livre « Israel Parlons-en » accrédite Paul-Eric Blanrue, antisémite auteur d’un livre « Israel, Sarkozy et le juifs ». Il a par ailleurs participé au réseau conspirationiste « Axis for peace » au côté des fascistes que sont Dieudonné et Jacques Cheminade.

Le second, Jean Bricmont, se fait le porte de voix de la « liberté d’expression » pour les négationistes et les antisémites sous couvert « d’ouvrir le débat » sur le sionisme, en leur donnant ainsi une caisse de résonance au delà des sphères de l’extrême droite classique.

Certains sites se présentant comme « pro-palestiniens », tels « Palestine Solidarité », « infos Palestine » ou le site de l’ISM relaient de manière complaisante les discours de Dieudonné ou d’un antisémite comme Gilad Atzmon (qui a fait la promotion du livre négationiste de Paul Eisen).

Ils s’appuient pour cela sur un certain nombre de brèches, que sont notamment la faiblesse de l’analyse et de la réflexion politique en France y compris dans les milieux révolutionnaires. La stratégie consiste par exemple à surfer sur les ambiguités d’un discours "anti-impérialiste" et "anti-libéral" ou "anti-capitaliste" a-classiste, pour développer un pseudo anti-capitalisme qui insiste sur l’opposition au "capitalisme financier" pour mieux préserver le capitalisme comme système d’exploitation économique et social, et pour mieux préserver l’impérialisme français (en insistant sur la dénonciation de l’impérialisme américain ou israélien pour masquer la violence de l’impérialisme français).

L’opportunisme d’un certain nombre d’organisations d’extrême gauche qui par paternalisme et parce qu’elles essentialisent les prolétaires racisés des minorités nationales cautionnent des organisations réactionnaires se réclamant de l’islam politique, ou des organisations qui servent de passerelle telles qu’Europalestine, cet opportunisme ouvre aussi la voie au développement de ces tendances fascistes.

Enfin, cette stratégie est rendue possible par la faiblesse de la réflexion sur le racisme et l’antisémitisme à l’extrême gauche et au sein d’une partie du mouvement libertaire. Voir, dans le cas de l’antisémitisme, à sa négation ou à sa minimisation sous prétexte que le discours antisémite est officiellement condamné par l’Etat. Le fait que les sionistes aient instrumentalisé l’antisémitisme est utilisé pour disqualifier systématiquement toute mise à jour de la réalité de l’antisémitisme, des discours et pratiques qui s’y rattachent. L’antisémitisme est considéré comme l’apanage de quelques groupes nazis folklorique ou, dans une perspective raciste, de la minorité nationale arabe en France, alors qu’il irrigue la société française dans toutes les couches sociales, remontant à la surface à la faveur de la crise qui remet au goût du jour les grands thèmes de l’antisémitisme politique (fantasmes sur les juifs et les médias, ou les juifs et les banques et le communautarisme juif). L’antisémitisme est pourtant une constante de la vie politique française, de l’extrême droite à l’extrême gauche (12), depuis longtemps. La crise est l’occasion pour celui-ci de remonter à la surface, planqué derrière des "critiques" du sionisme qui quittent rapidement le terrain de l’anticolonialisme pour recycler les vieux thèmes antisémites, ou derrière des pseudo-critiques de la religion juive qui mèlent clichés antisémites à la critique antireligieuse. (13)

L’autre tendance consiste également pour les fascistes à s’appuyer sur des discours conspirationnistes (14) qui représentent la première porte d’entrée vers les discours fascistes, puisqu’ils exonèrent la classe capitaliste, et les rapports sociaux capitalistes et hiérarchiques, ainsi que le système étatique de tout discours critique et de toute responsabilité dans l’appauvrissement et l’exploitation des classes populaires, ainsi que dans la logique de terrorisme d’Etat à l’oeuvre à l’échelle internationale. Au nom d’un "anti-impérialisme" de façade, au nom d’un "antisionisme" qui n’a rien à voir avec l’opposition au colonialisme israelien (qui sert seulement éventuellement de prétexte) mais tout à voir avec l’antisémitisme, au nom d’un discours pseudo-laique voire pseudo-féministe, ils introduisent le venin idéologique nationaliste et raciste, et développent leur influence culturelle, idéologique et sociale.

Cette stratégie a du succès parce qu’il n’existe pas d’alternative politique à l’appauvrissement généralisé, au terrorisme d’Etat, qui soit envisageable pour la majorité de la population, et qui lui apparaisse comme crédible. Cela tient notamment à la faiblesse des organisations antihiérarchiques, mais aussi au fait que le projet de société et les idées portées par les anarchistes révolutionnaires apparaissent souvent comme déconnectées des préoccupations concrètes des classes populaires. C’est lorsque notre mouvement répondait à ces préoccupations qu’il avait une influence populaire de masse, et qu’il constituait une force révolutionnaire. C’est lorsque la population partageait l’idée qu’une alternative à l’Etat et au capitalisme était possible, tout en envisageant des réponses concrètes et autonomes à ses préoccupations que la rupture avec le nationalisme apparaissait comme une nécessité émancipatrice, que la révolution, seule alternative réelle au fascisme, devenait possible.

Quels enseignements en tirer ?

C’est ce constat qui pose la question d’une stratégie efficace face au fascisme de la part des anarchistes révolutionnaires.

Cela signifie à mon sens rompre avec un certain "folklore" qui réduit l’antifascisme au mieux à la lutte contre les fascistes, au pire à une lutte bande/groupe contre bande.

Cela passe également par la mise en avant d’une approche de classe, qui visibilise l’antagonisme réel, celui qui oppose la bourgeoisie et l’Etat d’un côté, les classes populaires de l’autre, et qui pose la question de la nécessité révolutionnaire d’une rupture avec le capitalisme et l’Etat. Cela passe par une lutte idéologique contre le fascisme, associé au développement de luttes autonomes partant des nécessités concrètes des classes populaires, qui mettent à jour cet antagonisme réel et démasquent les fascistes pour ce qu’ils sont : les instruments de la bourgeoisie en période de crise.

Cela passe par la promotion d’un projet de société et de la nécessité d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme et l’Etat, comme alternative au replis nationaliste.

Cela passe enfin par la compréhension du fait que ce phénomène n’est pas réductible à "l’effet de l’affaiblissement du front national" libérant la place à des groupes radicalisé, mais à une tendance à l’autodéfense idéologique de la part de la bourgeoisie pour prévenir toute menace en période de crise.

Cela passe enfin par la promotion et l’organisation d’une autodéfense antifasciste qui passe par la construction d’une résistance populaire à ces tendances, contre les attaques physiques mais aussi contre l’idéologie fasciste, c’est à dire d’une vigilance face à la diffusion de discours racistes et antisémites, y compris dans les milieux "progressistes", ainsi que la diffusion d’un contre-discours brisant l’idéologie fasciste. Cette approche est la condition du développement d’un antifascisme populaire, qui élargisse le champs de la lutte contre le fascisme, et qui ouvre des perspective de rupture avec l’ordre capitaliste et étatique qui nourrit le fascisme.

Un grand merci aux camarades de l’Action Antifasciste pour leurs remarques qui ont contribué à enrichir ce texte.

Berckman

 

(1) voir l’article du monde diplomatique "Comment les armées se préparent au combat urbain"

(2) Voir L’ennemi intérieur, La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Mathieu Rigoust

(3) Le terme "islamophobie" étant l’objet de nombreuses polémiques (voir notammentlink), une précision s’impose : Il ne s’agit pas ici de défendre l’islam comme religion (il est clair que toutes les religions sont des idéologies qui justifient la hiérarchie et servent de justificatif aux rapports de domination) mais de refuser le discours du "deux poids deux mesure" dans la critique des religion qui masque en général un discours raciste. Si il faut rejeter le discours de certains religieux musulmans tentent d’assimiler toute critique de la religion musulmane à de l’islamophobie (comme stratégie de défense de l’idéologie religieuse), il n’en reste pas moins qu’un certains nombre de critiques de l’islam se situent sur le terrain du fantasme raciste et non celui de la critique rationaliste et matérialiste de la religion.

(4) voir article du monde

(5) le racisme et l’antisémitisme sont ici utilisés dans leur sens politique et historique. Le racisme consistant dans l’affirmation simultanée d’une division de l’humanité en races (le plus souvent, à l’exception de l’antisémitisme, sur la base d’un critère sélectionné arbitrairement, la couleur de peau), et la hiérarchisation des groupes auxquels on assigne une race, ce qui se traduit par un rapport d’oppression, d’exploitation et d’humiliation pour les personnes auxquelles on a assigné une race considérée comme inférieure. L’antisémitisme quant à lui est un racisme spécifique, qui n’est pas fondé sur la couleur de peau mais sur la racialisation d’une culture et d’une religion, définie comme figure négative de la nation, comme "antination". Le racisme classique se base sur la couleur de peau (un critère arbitraire et absurde mais"visible") , alors que l’antisémitisme est un racisme qui lui se développe justement à partir de l’idée de l’impossibilité de distinguer les juifs alors qu’ils constitueraient une "race à part" (sur la base d’un critère tout aussi absurde et arbitraire, mais "invisible"), ce qui entraine les préjugés racistes spécifiques sur "l’omniprésence", la "richesse" et le "pouvoir occulte" prétendu des juifs.

Dans le système capitaliste, la théorie raciste classique et l’antisémitisme, même si elles ont été forgé par les mêmes théoriciens, (du nationalisme, du colonialisme du racisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme), au même moment, donc avec la même matrice idéologique, dans l’europe du XIXème siècle, n’ont pas exactement la même fonction : le racisme classique visait à diviser les classes populaires mais aussi à justifier une politique impérialiste et coloniale (indigénat et esclavagisme), alors que l’antisémitisme visait à protéger la bourgeoisie en créant un bouc émissaire, tout en renforçant l’idée de nation par opposition à un "symbole" "antinational", forgé de toute pièce par la rhétorique nationaliste.Dans les deux cas, ce qu’ils ont de commun c’est d’être un outil au service de la domination.

(6)Voir sur ce point "A quoi sert l’identité nationale", de Gérard Noiriel, édition Agone.

(7) On peut distinguer 2 principales fractions :

Les assimilationistes, qui à l’instar d’Eric Zemmour, se fondent dans le nationalisme français et européen, par volonté d’assimilation.On peut faire le parallèle entre cette tendance et celle d’une fraction de la population juive algérienne, qui naturalisé par le pouvoir colonial français, s’est solidarisé avec le parti colonial contre les algériens, assimilant le racisme colonial français anti-arabe.En Algérie, le pouvoir colonial avait ainsi déjà utilisé la stratégie qui consiste à dresser 2 minorités nationales l’une contre l’autre, pour perpétuer le système coloniale et le système raciste de l’indigénat (voir point 3).

Les sionistes fascistes de la "Ligue de Défense Juive" qui affichent une sympathie de plus en plus marquée pour les identitaires, au nom d’un "front commun" contre "l’islamisation".

(8) Sur ce point, voir "La droite révolutionnaire. Les origines françaises du fascisme", Zeev Sternhell

(9) Voir également « la naissance de l’idéologie fasciste  » de Zeev Sternhell, Mario Sznajder, Maia Ashéri.

(10) Que certains de ces courants se revendiquent d’un prétendu "antiracisme" ethnodifférencialiste ne doit tromper personne : en acceptant l’assignation à une "race" ou une "ethnie" des personnes, il valident à la fois l’opposition au sein des classes populaires sur la base de critères biologiques ou culturels sélectionnés arbitrairement, mais aussi l’ensemble des stéréotypes qui sont liés à cette assignation ethnique et qui servent précisément de base à l’oppression raciste. Ils ne voient pas -refusent de voir ou font semblant de ne pas voir _que c’est aussi la classification racialiste qui reproduit dans le même mouvement la hiérarchisation raciste.

(11)Les travaux de Gustave Le Bon affirment « l’irrationalité de la foule », c’est à dire que les individus lorsqu’ils sont regroupés cessent de ce comporter de manière rationnelle. Ces travaux ont inspiré Georges Sorel, qui forge sa théorie des mythes comme outils de « mobilisation de la foule » dans l’histoire, une histoire conçue comme rapport de force, affrontement permanent dans une lecture darwiniste sociale (c’est à dire qui considère que les groupes humains s’affrontent pour la survie, les « meilleurs » dans la lutte survivant. C’est notamment cette approche antirationelle, associée au refus de remettre en cause la propriété privée, qui fera de Sorel l’un des contributeur principaux à la synthèse qu’est l’idéologie fasciste. En effet, il voit la lutte des classes non pas comme un phénomène existant du fait des intérêts contradictoire entre les classes sociales, mais comme un mythe qui permet de mobiliser, à l’instar de la grève générale, le prolétariat dans la lutte contre la société bourgeoise. Ce qu’il critique dans la société bourgeoise, ce n’est pas le capitalisme et la propriété privée qu’il considère comme indépassable, mais l’idéologie libérale, la démocratie, l’idée de l’égalité et du droit issu des lumières. L’antisémitisme joue un rôle dans son évolution puisqu’il considère que l’affaire Dreyfus, la mobilisation d’une partie du mouvement ouvrier contre le racisme antisémite au côté de la bourgeoisie libérale a amené à une atténuation de l’antagonisme de classe, et donc émoussé les capacités révolutionnaire du prolétariat, en rupture avec sa perception darwiniste sociale.

Cette approche associée au reflux des luttes du prolétariat, et la puissance mobilisatrice de l’idée de nation à la veille de la première guerre mondiale, l’amène à considérer que la nation est un mythe mobilisateur beaucoup plus efficace contre la « société bourgeoise » que l’approche classiste internationaliste. Il va dès lors se rapprocher des nationalistes de l’Action française à la recherche d’une « synthèse nationale » qui englobe le prolétariat, et qui transpose la lutte de l’affrontement entre les classes à l’affrontement, la guerre entre nations. C’est cette évolution à partir d’un socialisme « antirationaliste », anti-intellectualiste qui va conduire les partisans italiens de Sorel à le rejoindre dans la synthèse d’un socialisme idéaliste, mystique et du nationalisme, et à former le mouvement fasciste. Mussolini se réferera ainsi à Sorel comme l’un de ses maître à penser.

(12) Voir sur ce point "l’antisémitisme à gauche", de Michel Dréyfus, qui recense les expressions de l’antisémitisme à gauche, depuis l’émergence du mouvement socialiste. Si son approche est criticable pour certains amalgames sur la période récente, il n’en constitue pas moins une source très documentée qui relève la constance d’un discours antisémite au sein de la gauche (qui n’englobe pas toute la gauche mais qui existe de manière constante, plus ou moins fortement selon les époques) ,qui selon lui ne provient pas de la gauche mais qui reflète l’influence persistante de l’idéologie dominante à gauche.

(13) La stratégie de défense des racistes antisémites, dans ce cas, est d’amalgamer tous ceux et toutes celles qui soulignent le fait que tout ou partie de leur discours ne fait que recycler des thèmes antisémites récurrent avec des sionistes tentant de faire taire toute critique vis à vis d’Israel, ou avec des religieux ou des communautaristes visant à faire taire toute critique de la religion. On notera la proximité avec les tactiques des racistes islamophobes visant à faire passer toute critique soulignant le fait qu’ils recyclent des thèmes racistes à travers une prétendue critique de la religion musulmane pour des "islamogauchistes" ou des partisans des régimes réactionnaires religieux et théocratiques et des courants qui s’y rattachent.

C’est un fait que les sionistes amalgament toute critique du sionisme et d’Israel à de l’antisémitisme, et que les réactionnaires religieux amalgament toute critique de l’islam à de l’islamophobie.Il faut s’opposer à cette double tentative de faire taire les critiques antiracistes, anti-antisémistes, antireligieuse et anticolonialiste, d’un point de vue émancipateur. Cela ne doit pas conduire ni à cautionner des discours antisémites ou racistes, ni des discours réactionnaires religieux ou pro-colonialistes. L’anarchisme conséquent critique la religion comme idéologie, mais ne rentre pas dans une logique de hiérarchie entre religions et pour cela la critique de la religion comme idéologie de pouvoir peut et doit se tenir à l’écart des préjugés racistes et antisémites. De même, l’anticolonialisme anarchiste conséquent n’amalgame pas critique du sionisme, opposition au colonialisme israelien et antisémitisme, et refuse et dénonce toutes les tentatives de recycler un discours raciste antisémite sous prétexte "d’antisionisme".

(14)Rappelons que la plupart des théories conspirationnistes actuelles qui circulent sont principalement diffusées par les fascistes américains, même si elles s’inspirent de théories identiques forgées notamment par les services secrets de la russie tsariste (L’okhrana, auteur notamment du faux antisémite, le "protocole des sages de sion", repris tout ou partie par une partie des conspirationnistes aujourdhui), ou par les nazis. Cela fait apparaître les prétendus "anti-impérialistes" qui les diffusent pour ce qu’ils sont : des alliés objectifs des capitalistes et des Etats.

Par Berckman
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 16:12

Dans le système dans lequel nous vivons, le système capitaliste, les travailleuses et travailleurs sont forcés de vendre leur force de travail pour vivre.

La minorité qui s'est approprié les moyens de production et de distribution, la classe capitaliste et la classe dirigeante, s'approprie au nom de cette même propriété privé les fruits du travail social, c'est à dire de la force collective des travailleurs et travailleuses associés dans la production. La plus-value réalisée au moyen de l'exploitation des travailleuses et des travailleurs réalise le profit de la classe capitaliste.

Pour préserver et accroître ses profits, la classe capitaliste dispose de plusieurs moyens :


1/ Produire plus, ce qui suppose de vendre plus.

Cela n'est possible que dans la phase de développement d'une invention ou d'une inovation, dès lors que celles-ci répondent à un besoin réel, ou suscité par les moyens de propagande capitaliste (principalement la publicité).Passé une certaine période, la demande solvable (pour laquelle on peut payer) baisse puisque le produit a été diffusé. La production est plus difficile à écouler (contre argent), le marché "se contracte" et donc les prix baissent.

Il est à noter que seule la demande solvable est prise en compte : dans le système capitaliste, ce n'est pas ce dont la population a réellement besoin qui compte, mais ce qu'elle est capable de payer.

Il est à noter également que cette tendance au productivisme ne se préoccupe pas de l'impact sur les ressources.

2/ Faire baisser les "coûts de production"

Le profit représente la différence entre ce que les capitalistes appellent les "coûts de production et de distribution" et le prix de vente du produit devenu marchandise lors de l'échange.

Comme la demande solvable baisse (soit parce que la demande réelle baisse car en partie satisfaite, soit parce que celles et ceux qui ont des besoins n'ont plus les moyens de payer, pour différentes raisons que nous évoquerons), les prix baissent : pour préserver son taux de profit, la bourgeoisie joue sur ce qu'elle appelle les "côuts de production" :

_ En spéculant à la baisse sur le prix des matières premières : cela se traduit par une baisse du revenu agricole, mais aussi des revenus minier : cela signifie que le travail dextraction ou de production de matière première est moins rémunéré. Cela implique notamment une politique impérialiste qui par le biais d'une politique agressive (guerrière ou néo-coloniale) impose des situations de monopole qui sous-évaluent le prix des matières première, c'est à dire baisse la rémunération du travail des ouvriers et ouvrières dans les pays producteurs de matière première. Au moyen notamment d'une politique de répression des travailleuses et travailleurs à travers notamment le soutien apporté à des régimes dictatoriaux, anti-ouvriers.

_ En s'ataquant à la rémunération du travail : soit en baissant, gèlant les salaires des travailleuses et des travailleurs. Soit en "accroisant la productivité", c'est à dire en accroissant l'exploitation des travailleuses et travailleurs, contraint de travailler et produire plus pour la même rémunération ou pour une rémunération inférieure.

 

C'est dans ce cadre que s'inscrit la politique de licenciement menée par le patronat

 

Il s'agit soit, dans certains cas, de transférer une part de la production dans des localité ou les salaires sont inférieurs (notamment parce que le régime politique est plus répressif envers les travailleuses ou les travailleurs, ou que les travailleuses et travailleurs sont moins organisés collectivement). C'est le cas des délocalisations.

Soit de réduire le nombre de salarié-e-s dans une unité de production, et d'accroître la charge de travail de celles et ceux qui restent pour maintenir ou accroître la production : C'est ce qui explique les plans sociaux menés depuis plusieurs années : par la peur du chomage, on contraint les travailleuses et travailleurs à accepter les augmentations de cadence, la flexibilité.

Cela fait mécaniquement baisser la part des salaires dans les "coûts de production ", c'est à dire que le travail, source de création de richesses, est moins rémunéré : la part appropriée -volée- par la classe capitaliste étant ainsi accrue ou maintenue.

 

Une crise systémique

 

Cela a des conséquences concrètes : comme le travail est moins rémunéré, que la part des salaires baisse, la demande solvable diminue mécaniquement : sans salaires, avec des revenus inférieurs (allocations chômage quant elles existent) ou inexistant, les travailleurs et les travailleuses ne peuvent plus acheter autant. C'est une spirale infernale qui se traduit par la crise : cycle licenciement -baisse des salaires - baisse de la demande - licenciements car la production  n'est plus écoulable.

A cela s'ajoute les effets de la spéculation financière qui pour préserver un taux de profit va accroître ces tendances de l'économie capitaliste.

 

Perspectives de luttes

 

Face à ces licenciements massifs, les travailleuses et les travailleurs n'ont qu'un seul choix : celui de la lutte, pour enrayer l'appauvrissement organisé que met en place la bourgeoisie pour s'enrichir.

La lutte contre les licenciements en France s'est traduite ces dernières décénnies, comme dans de nombreux pays, par des mouvements de grève, accompagné parfois d'occupation des lieux de travail. D'autres formes d'action directes, tels la menace sur les stock ou la séquestration de patron, ont été utilisé :

Les objectifs sont divers : parfois, il s'agit de combattre les licenciements en eux-mêmes, et préserver l'emploi. D'autres fois il s'agit tout simplement d'arracher le maximum d'indemnité au patrons et aux actionnaires, et de faire payer au prix fort ces licenciements.

Ce rapport de force est cependant confronté à la répression de l'Etat, et laisse cependant le patronat, aidé par l'Etat, en position de décideur, puisque c'est lui qui décide, même si cette décision se fait sous une contrainte relative

Cela laisse également les luttes souvent isolées, boite par boite, et tout l'artifice de l'action capitaliste pour briser la résistance ouvrière se développe pleinement : lock out, pourissement du conflit (les patrons attendent que les travailleuses et travailleurs s'épuisent, confrontés aux traites, sans salaires).

Une première tentative positive de sortir de cet isolement a été la constitution de collectifs et de coordinations interboites.

 

L'impasse étatique

 

La stratégie proposée par la quasi totalité des tendances politiques se réclamant de prèt ou de loin de la gauche, de l'extrême gauche ou plus globalement du socialisme, c'est le recours à l'Etat.

Pour les sociaux-démocrates, l'Etat est présenté comme un recours face aux licenciements.Soit par l'intermédiaire de la législation actuelle (par les recours aux tribunaux pour faire échouer le plan social en attaquant sa légalité), soit par l'intermédiaire de la revendication du rétablissement de l'autorisation administrative de licenciement.

La justice bourgeoise a cependant toujours penché du côté de la défense de la propriété et des capitalistes, et si le recours à la légalité bourgeoise peut être utilisé tactiquement pour ralentir le processus patronal, il n'y a rien à en attendre pour lutter réellement contre les licenciements.
L'Etat se range toujours en dernier ressort du côté des capitalistes, en faisant donner la force public pour garantir la propriété, briser les mouvements collectifs et saper le rapport de force (huissier, expulsion des locaux occupés...). L'Etat mène lui-même une politique de licenciements massif dans le secteur public.
Les staliniens et les trotskystes, quant à eux, réclament une interdiction des licenciements par l'Etat.
Pour les staliniens, la revendication est celle de "l'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits", ce qui suppose l'acceptation des licenciements dans les entreprises qui n'en font pas : c'est accepter les règles du jeux de l'économie capitaliste, et donc accepter comme un fait inéluctable le licenciment et l'appauvrissement de certains travailleurs. Cela suppose également la croyance illusoire dans l'intervention de l'Etat.
Cette revendication peut s'accompagner de celle de la nationalisation des entreprises qui licencient, c'est à dire leur reprise par l'Etat. Or justement cela signifie soit le rachat des actions par l'Etat (sauvegardant les intérêts des actionnaires), soit la prise de contrôle par l'Etat, sans rompre avec la logique de marché, les hiérarchies salariales. Cela met également les travailleuses et les travailleurs en position d'attentisme, et cela les prive de tout contrôle sur l'outil de production. Ce qui permet une fois l'entreprise renflouée, à l'Etat de privatiser l'entreprise, selon le bon vieux principe "socialisation des pertes, privatisation des profits" : c'est donc toujours les classes laborieuses qui paient.
Pour l'extrême gauche trotskystes, la revendication de la "nationalisation sous contrôle ouvrier" et de 'l'interdiction des licenciements" place les travailleuses et les travailleurs dans une position d'attente vis à vis de l'Etat.
'est en réalité un slogan sans contenu, agité pour poser la question de la "prise de pouvoir d'etat" par un parti d'avant-garde se présentant comme le représentant de la classe ouvrière. Cela vise en fait à ouvrir la voie à la revendication de la prise de pouvoir d'Etat par le parti, qui selon les trotskystes, appliquerait la loi d'interdiction des licenciements.
Une telle perspective revient soit à renvoyer aux calendes grecques toute possibilité de lutte (dévier donc dans le soutien à l'aventure électoraliste d'un de ces partis, ou à celui de la perpsective de la "construction du parti" comme subsitut à l'action directe). Soit à se baser sur la confiance dans la qualité du parti pour défendre les intérêts des travailleuses et des travailleurs. Or sans contrôle des travailleuses et des travailleurs sur l'outil de production, cela revient à la seule confiance, et cela implique que la seule lutte immédiate des travailleuses et des travailleurs est le soutien à ces partis.
Cela revient également à méconnaître la nature de l'Etat, qui ne peut que structurellement défendre les intérêts de la minorité au pouvoir : la classe dirigeante, qu'elle soit au service de capitalistes privés ou du capitalisme d'Etat.

Reprendre l'initiative

Parce que ce n'est pas dans l'attente que nous trouverons les moyens de lutter contre les licenciements, le recours à l'Etat est une impasse. C'est sur leur action directe que les travailleuses et les travailleurs ont tout intérêt à s'appuyer s'ils et elles veulent défendre leurs intérêt.
Il existe des solutions immédiates, qui représentent une alternative à la passivité, et parmettent d'accoître le rapport de force et se préserver de l'appauvrissement en défendant les emplois.
Outre la lutte telle que décrite précédemment (grève, occupation, ..) Il s'agit de la reprise directe des entreprises par les travailleuses et les travailleurs, c'est à dire la saisie de l'outil de travail, des stocks et le redémarrage de la production par les travailleuses et les travailleurs, pour les travailleurs.
Cela signifie la gestion directe, ou l'autogestion dans son sens libertaire, de la production et de la distribution par les travailleuses et travailleurs. C'est la réponse qu'a apporté des milliers de travailleuses et travailleurs en 2001 en Argentine, face aux licenciements et aux cessation de paiement liés à la crise. A Zanon, Bruckman et dans d'autres entreprise les travailleuses et travailleurs ont saisi les machines, redémarrer la production sous forme de coopérative. Dans certains cas, ils ont embauchés et assurer l'égalité salariale.
C'est également la réponse amenée par les travailleuses et travailleurs de Bike System, en 2007, qui ont produit par eux/elles mêmes et pour eux/elles mêmes les vélos "strike Bike" diffusés par des réseaux militants.
En France, les ouvriers et ouvrières de Philips EGP à Dreux, ont également relancé la production sous contrôle ouvrier pendant 6 jours.
Les assemblées de travailleuses et travailleurs ont été la forme organique de cette gestion directe.

Défendre la gestion directe

Dans tous les cas, la répression des patrons et de l'Etat n'a pas tardé. La bourgeoisie et l'Etat ont très bien compris le danger que représentait de telles initiatives. En Argentine cependant, la solidarité interboite et le lien dévelopé avec les mouvements populaires, notamment les mouvements de chômeurs Piqueteros, a permi de faire reculer l'Etat à plusieurs reprise.
En ce sens, il est fondamental de construire la solidarité interboites entre ytravailleuses et travailleurs, autour de ces pratiques : c'est le moyen le plus efficace de faire face à la répression d'Etat, et d'élargir le front de la rupture avec l'attentisme.
A Dreux, le déferlement d'huissiers et l'intervention policière, conjugué à un lock-out (fermeture de l'usine par le patron), n'a pas permis à l'expérience de ce développer.
La question s'est posé également d'une rupture avec la légalité bourgeoise, notamment par la vente directe de produit. Il est évident que l'isolement des camarades de Philipps n'a pas permis d'arriver à un tel stade, nécessaire et possible dans le cadre du développement d'un mouvement populaire de refus des licenciements et de reprise directe

Construire le rapport de force, faire face au marché, rompre avec le capitalisme


Il est évident que les entreprises reprises par les travailleuses et les travailleurs n'échappent pas à la pression du marché capitaliste et aux impératifs de "rentabilité" telles que définies par l'éconmie capitalitse. En ce sens, la survie de ces boites (et surtout de leur caractère émancipateur pour les travailleuses et les travailleurs) dépend du développement du mouvement de reprise et de la création de liens directs entre entreprises récupérées par les travailleuses et travailleurs, c'est à dire leur fédération et leurs confédération. Cela parce que les capitalistes peuvent organiser très rapidement l'asphyxie économique des entreprises récupérées en les privant de ressources (fournitures) pour la production ou de débouchés (écoulement des produits). Egalement parce que faute de rompre rapidement avec le marché, le mouvement peut conduire à des formes d'exploitation propres à la sous traitance, en amenant les travailleuses et travailleurs à s'autoexploiter pour survivre dans une économie capitaliste hostile, imposant ses critères, notamment de rentabilité.
Cette reprise s'inscrit donc comme tactique directe, dans la perspecive stratégique de l''expropriation généralisée des patrons, de la gestion directe de l'économie, de la remise en cause du système capitaliste, c'est à dire d'un mouvement révolutionnaire ayant pour perspective la réorganisation de l'économie, sur les bases de la propriété commune des moyens de production et de distribution, de la production fondée sur la planification fédéraliste omme alternative au marché (capitalisme privé) et à la planification étatiste (capitalisme d'etat).
Elle permet de s'attaquer au pouvoir capitaliste dans les entreprises.
L'autre aspect fondamental, c'est la lutte contre les hiérarchies dans l'entreprise récupéré : égalité salariale, égalité dans la prise de décision (en assemblé), sont les conditions d'une rupture avec la logique capitalistes, et ouvrent la voie à une remise en cause du salariat. Elles créent les conditions de l'unité des travailleuses et des travailleurs dans la lutte, et posent les bases d'une stratégie révolutionnaire face aux licenciements.
Saluons l'initiative des ouvriers et ouvrières de Philips EGP Dreux (interview dans les vidéos ci-jointes), et souhaitons, travaillons à ce que l'initiative fasse école et se généralise.


Textes en lien avec le sujet  :

http://www.c-g-a.org/?q=content/solidarit-avec-les-salari-e-s-de-philips-epg-dreux


  http://www.c-g-a.org/?q=content/contre-les-licenciements-passons-des-s-questrations-lautogestion

 

http://www.c-g-a.org/?q=content/le-salariat-cest-le-vol

 

 


Philips EGP Dreux - partie 1 - sous contrôle ouvrier
 

 

 

 

 

 


Philips EGP Dreux - partie 2 - sous contrôle ouvrier

 

 


Philips EGP Dreux - partie 3 - sous contrôle ouvrier

 


Par Berckman
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